Richard Brautigan – Tokyo-Montana Express

Dans l’Ouest de Joseph Francl – on est en 1854 -, l’oiseau est aussi innombrable et sautillant que le film muet d’autrefois (dinde, caille, canard, oie, bécassine, faisan). Innombrables eux aussi les quadrupèdes (bisons, élans , loups) en sont comme les acteurs cependant que le poisson (brochet, poisson-chat, perche) y joue à l’intertitre muet, mais qui ondule. Et puis, il y a aussi les vastes zones de solitude qui ne ressemblent pas à des films ; personne n’y vit et la route y est étroite, facile à perdre : Nous comprîmes que nous étions en train d’errer. La route sur laquelle nous nous trouvons a l’air incertaine, personne ne l’a empruntée depuis plus d’un an. Il n’y est point de traces humaines mais nombre de signes montrent que le loup et d’autres gros animaux y passent. Nous sommes oppressés par un calme écrasant.
La terre est habitée par des Indiens : rusés, ils volent les chiens et toujours savent tirer le meilleur de vous. Même lorsque avec une vraie petite armée vous poussez jusqu’à leurs tentes, exigez qu’on vous rendre votre bien, menacez de faire la GUERRE si l’on ne vous remet pas l’animal (et là, on est de plus en plus loin de Prague, Tchécoslovaquie, et d’une carrière de musicien, même brève). Sauf qu’ils savent s’y prendre pour piquer les chiens, les Indiens, qu’ils sont astucieux. Qu’ils vous offrent un cheval en échange du clebs mais se débrouillent pour qu’en fait jamais ledit cheval ne change de mains et qu’au bout du compte c’est tout un chacun (Joseph Francl y compris) qui s’en retourne au camp, sans chien, sans le cheval qui a été promis et avec la sensation assez nette de s’être fait avoir. Le chien est perdu, les Indiens sont beaucoup trop malins de toute façon.

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Richard Brautigan – Tokyo-Montana Express