La traversée de la ville – Michel Tremblay

Elle tourne à gauche au coin de Montcalm et Sainte-Catherine. L’odeur du crottin de cheval et des déchets pas encore ramassés lui monte aussitôt au nez et elle sort son mouchoir de sa poche. Il y a des matins, comme ça, où c’est vraiment intolérable. Montréal n’est pourtant pas une si grosse ville. Qu’est-ce que ça doit être à New York, à Paris, où, du moins on le prétend dans les journaux et la  tante Titine me le confirme au sujet de certains quartiers pauvres de Londres, les excréments d’animaux sont empilés aux coins des rues pour être ensuite vendus à des fermiers qui vont s’en servir comme fertilisant ! À moins que ce ne soient là que des légendes destinées à faire taire les enfants qui trouvent que ça pue dans la rue. Pour leur faire comprendre que c’est pire ailleurs. Elle se demande d’ailleurs souvent comment il se fait que le crottin sente si bon à la campagne et si mauvais en ville… En Saskatchewan, jamais elle ne se serait plainte de cette odeur qui parfumait les chemins, alors qu’ici elle la trouve insupportable. Peut-être qu’en ville les chevaux ne mangent pas la même chose ou ne digèrent pas de la même façon. Les oiseaux ne semblent pourtant pas s’en formaliser et picorent avec énergie et  délectation les pommes de route, comme à Maria, à la recherche de graines pas digérées qu’ils s’arrachent à coups de becs furieux et avalent en pépiant de bonheur.

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La traversée de la ville – Michel Tremblay

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