Hallucinations

salembo

La dernière chose que j’ai entendue avant de sombrer, c’étaient les paroles du curé au mariage de ma cousine. Je n’écoutais, il faut dire, que d’une oreille ; je pensais plus au buffet qui allait suivre comme dans tout bon mariage, qu’au sermon de M’sieur le curé. Le curé parlait du pire et du meilleur et bla , bla , bla et bla bla bla….alors que mes papilles me titillaient du côté du buffet.
L’instant d’après, je me suis réveillée au pied d’un palmier. Enfin d’un drôle d’arbre qui avait des feuilles en palmier. Vous voyez de quoi je veux parler ? Je ne vais pas vous embarquer dans un cours de paléobotanique mais je suis sûre que vous n’avez JAMAIS rencontré ce type de palmier dans la nature : les palmiers , ces gâteaux feuilletés en forme de cœur que , qui croquent sous les dents, qui poissent sur les doigts….. Je me suis levée d’un bond. Enfin c’est vite dit, j’avais un peu la tête qui tournait quand même. Plus d’église, plus de mariés, plus de famille, plus de curé, une île déserte, un peu comme l’île aux enfants, je m’attendais presque à croiser Casimir (qui m’offrirait un gloubi boulga cela va s’en dire).

En regardant plus attentivement, j’ai vu toute de suite que ce n’était pas une île ordinaire. Le sable craquait sous mes pieds, pas très fin mais avec une odeur caramélisée, à croquer. Et là O miracle j’ai reconnu l’odeur : c’est l’odeur des miettes de noisettes que l’on trouve sur des glaces dénommées Sundae dans une chaîne de fastes-foude que je ne nommerais pas mais que vous avez reconnue.
Là, je me suis dis, ma pauvre Valentyne, y’a des fois où tu devrais ralentir sur les sucreries.
Mon étonnement est allé croissant à partir de ce moment là. J’étais passée au choix soit de l’autre côté du miroir, soit chez Hansel et Gretel : Je suis sûre que vous vous rappelez ce conte où les enfants arrivent chez une sorcière qui a jeté un sort à sa maison, La maison a des volets en nougat, des murs en gâteau, un toit en pain d’épice …
Sauf que là pas de maison en vue, j’étais sur une île apparemment déserte mais une sorte d’île en sucrerie. Je n’avais pas mon appareil photo sur moi, ni mon téléphone et je ne pourrais donc jamais apporter de preuves de mon voyage dans ce monde fabuleux où les rochers sont des têtes de nègres, le sable sont des éclats de noisettes, l’écume de la mer a le goût de la chantilly.

Comme j’avais la tête qui tournait moins, je me suis mise à explorer les alentours et juste derrière une mare de crème de marron, soudain …..Je l’ai vue, son généreux popotin assis sur un banc.
Je l’ai reconnue, tout de suite, la religieuse qui m’avait fait de l’œil dans la vitrine de la boulangerie, pas plus tard que ce matin. Car vous l’avez compris, c’était une religieuse au café avec une jolie collerette blanche entre sa tête de chou à la crème et son ventre rebondi (et non pas une des bonnes sœurs du curé du mariage de ma cousine dont je parlais juste avant)

Elle m’a vu et m’a adressé un grand sourire, elle connaissait même mon prénom.
« Bonjour Valentyne. Bienvenue sur l’île Dessert »
– Et c’est où l’île dessert ? lui aie je demandé comme si j’avais parlé à des religieuses au café toute ma vie.
– Et bien tu vois Paris, tu vois Brest et bien l’île Dessert est un peu à l’ouest de Brest. Enfin c’est à l’ouest de Brest pour le moment, (Latitude : 48°23′59″ Nord, Longitude : 4°racine carrée de 28′59″ Ouest) car comme toute bonne île flottante, à cette époque de l’année, elle est en train de dériver vers l’île de Pâques : on devrait y être pour la mi avril comme tous les ans. Les vents sont avec nous cette année, on s’est chopé un mistral gagnant qui nous pousse vers notre destination à toute allure. Mais viens donc Valentyne, une fête est organisée en ton honneur par notre grand patron.
– Le grand patron mais je ne le connais pas ai je réussi à bafouiller, car j’avais la langue pâteuse comme si j’avais la bouche pleine de Marshsaintmalot.
– Mais si, c’est le Saint Honoré, il t’attend pour ton intronisation, m’a-t-elle dit en me regardant comme si je descendais de Mars (la planète pas les barres chocolatées)
– Mon intronisation ? me suis-je contentée de répéter bêtement car j’avais à nouveau la tête qui tournait et les jambes en guimauve.
– Oui oui ! Tu vas atteindre un poste honorifique très demandé bientôt au mois d’avril : tu seras la cloche des œufs de Pâques. C’est pas donné à tout le monde !

C’est à ce moment que le Saint Honoré est arrivé, encadré par trois grands malabars. L’a pas l’air commode l’Honoré !
Il m’a posé quelques questions sur mon CV, pour quelles boîtes j’avais travaillé et patati et patata ! Il était surtout intéressé par les saints (Alors forcément je lui est parlé de mon expérience très réussie de chez Saint Maclou où j’étais chef étalagiste il n’y a pas si longtemps. Et aussi inventrice de slogan à se prendre les pieds dans le tapis. Mais qui avait bien pu inventer la moquette ? Sacré Saint Maclou. Comme cela sur le papier cela ne le fait pas mais imaginez France Gall chanter cela sur un air qui va entre « sacré Charlemagne » et les « sucettes à l’anis » et là vous avez tout compris de mon génie marketing. Je lui ai expliqué à l’Honoré que j’aimais bien inventer des slogans sous la douche : On cherche souvent à se détendre avec des choses qui nous énervent, moi ce qui me branche c’est d’inventer des slogans, pas de jouer au scrabble ou aux mots croisés ou aux devinettes.
J’allais enchaîner sur mon célèbre slogan créé exprès pour Saint Marc (celui de la lessive pas celui de Venise) quand il m’a coupé la parole et m’a dit que je n’avais pas les compétences requises. Il cherchait quelqu’un avec l’envergure de Flaubert pour écrire l’éloge du Salambo : C’était à Baklava, faubourg de La Madeleine, dans les jardins de Goza

J’en suis restée comme deux ronds de flans, et je lui ai rétorqué que je n’en voulais pas de son poste à la noix. Je suis une bonne pâte mais quand même ! c’est moi la révoltée du bounty et tutti quanti…
J’aurai dû être alertée par la réaction d’une des malabars de saint Honoré : une jeune femme charmante comme je les aime, peut être un brin nymphomane, qui avait un muffin dans la main droite et un carnet bleu dans l’autre main (qu’elle agitait frénétiquement). Que voulait elle me signifier avec ce carnet bleu qu’elle agitait tout en regardant Honoré d’un air inquiet !les yeux plus gros que le ventre
Parce que Saint Honoré s’est fâché, comme un dragon, tout rouge enfin non plutôt orange. C’est cela orange. Son visage était orange, mais plutôt lever de soleil que coucher. Ses yeux lançaient des éclairs (au café et au chocolat)
J’en suis restée baba et à ce moment là, il a sorti de derrière son dos une arme fatale : une Chupa Chups géante pour me suriner. J’en tremble encore comme un mille feuille, c’est dire !

C’est là que j’ai réagi, j’ai donné une beigne dans la brioche du Saint Honoré, je lui ai « emprunté » un pédalo et je suis partie aussi illico presto sur une mer à l’écume au goût de chantilly. Je pédalais aussi vite que me permettaient mes guiboles, ça m’a rappelé mon difficile apprentissage sur mon tricycle quand j’avais 3 dents, mais ceci est une autre histoire. J’ai donc pédalé dans le gâteau de semoule pendant trois jours. Heureusement qu’il y avait un far breton pour m’indiquer la route du retour vers Brest. »

L’agenda ironique est chez Grumots en juillet
Voici le texte initial (4 mars 2012)

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35 réflexions au sujet de « Hallucinations »

  1. Splendide !
    On ne s’ennuie jamais quand on te suit… j’adore !
    Bon, j’ai dû au moins prendre trois kilos en te lisant. Mais je vais les perdre en pédalant. Courage, on est presque arrivées dans la réalité. 🙂

  2. Rappelle toi Barbara
    Il pleuvait sans cesse sur Brest ce jour là.
    Eh beh tu vois Valentyne, c’est aussi beau que cette poésie là ton texte.
    Aussi étroit qu’un labyrinthe, aussi éclairant qu’un phare.
    Yapa une seule baleine sous gravillon.
    Bises Val

  3. Bien joué ! Merci pour ce texte rigolo passé au micro-ondes de l’agenda ironique. Tous les ingrédients du gloubi-boulga sont là et on se régale 🙂 P. S : J’ai failli checker les coordonnées gps de l’île au cas où elle ne serait pas une hallucination…

  4. Excellent…
    j’adore…je me régale…je me pourlèche les babines…je savoure…
    je reprends même quelques parts…
    et puis tout en dégustant les pointes d’humour, je me dis, dans la foulée, qu’écrire à mon tour quelque chose après cet exploit littéro-gastronomique,
    ça ne va pas être…
    de la tarte ! 😉

  5. Excellente, cette rencontre . Bien plus drole qu’Hansel et Gretel. Et pourtant, il y a une morale à cette histoire! Pas de petit-déjeuner le matin, ça craint !!!
    Bon personnellement, étant plus salée que sucrée, j’ai réussi à lire ton texte sans trop baver mais en me régalant de tes jeux de mots😉😄
    Bisous

  6. J’en suis baba, Valentyne, j’ai déjà jeté mille feuilles sans écrire un mot, je me fouette sans cesse et sans résultat, j’suis une vraie tart. Je coule, impossible de jouer avec les Grumots 😥
    Je savais que tu allais mettre la barre haute, mon Chou 😈
    Bravooo 😆
    Bon we et gros bisous

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