Le cavalier suédois – Léo Perutz

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Le cavalier suédois – Leo Perutz

De Leo Perutz, j’avais aimé le marquis de Bolibar (je n’avais pas fait de billet mais ce livre est encore très présent dans ma mémoire pour son aspect « machiavélique », un peu alambiqué mais passionnant). J’ai donc souhaité relire cet auteur et je n’ai pas été déçue.
Le début de ce cavalier suédois est mystérieux : on suit une petite fille qui parle de son enfance (au XVIII siècle) et de son père : on pourrait la juger un peu « folle », qu’elle croit aux fantômes et les voit …. et puis par un tour de passe passe très subtil, Leo Perutz nous embarque dans l’épopée d’un voleur, qui deviendra le cavalier suédois en usurpant l’identité du vrai cavalier et qui deviendra le père de l’enfant du prologue ….
Après cette lecture, il me reste plus de questions que de certitudes : Ce voleur, dont on ne connaîtra pas le vrai nom, vend il son âme au diable ou saisit-il juste l’opportunité qui lui tend les bras ? Y a t il une morale ? peut-on tout faire et même le pire pour accéder au bonheur ? si nous trahissons, le châtiment inévitable est il de mourir par la trahison ?
En tout cas quel talent d’écrivain ! Le lecteur se trouve tour à tour dans la campagne entouré par le froid et la neige, dans une bande de brigands sans foi ni loi et sans aucun respect pour l’église.

J’ai espéré un moment que l’usurpateur finalement sympathique s’en sortirait …

un extrait :

– Messire est donc pressé ? fit posément le voleur. Pour moi, j’ai tout le temps de bénir vos chevaux. Allez, et qu’ils se rompent le cou !
– C’en est trop ! hurla le baron. Tête de colonne à droite ! ouvrez les rangs ! Préparez-vous à attaquer ! Et toi, dégringole ton perchoir et rends-toi où je tire!
Il leva son pistolet et mit en joue tandis que ses cavaliers se rangeaient selon ses instructions.
– Que le renard défende sa peau ! cria le voleur d’une voix si forte que tout le bois résonna. Le signal était donné. Le coup de feu partit. La balle toucha le voleur à l’épaule à l’instant même où il lançait l’essaim de frelons au beau milieu des dragons.
Ce fut d’abord un bourdonnement sourd. Les cavaliers, déconcertés, tendirent l’oreille. Un cheval se cabra net, un second fit un écart brusque et rua, zébrant l’air de ses sabots arrière. On entendit un juron, une exclamation rageuse, le hurlement des cavaliers touchés par les fers. Un instant, la voix du baron Maléfice domina le tumulte :
– Rompez ! Formez un seul rang ! criait-il, conscient du danger.
Mais déjà le chaos régnait alentour.
Assailli par les frelons, les chevaux qui avaient pris position au centre cherchaient à fuir : ils se cabraient, tombaient à la renverse, piétinaient les cavaliers désarçonnés. Un vacarme indescriptible emplissait la forêt ; aux hennissements se mêlaient les hurlements, les jurons, les disputes, les ordres contradictoires que personne n’écoutait. Des coups de mousquets et de pistolets ponctuaient ce tumulte qu’amplifiait l’écho. La bataille rangée avait dégénéré en une mêlée de chevaux et d’hommes vociférant parmi les sabots fous ; les cavaliers s’agrippaient aux crinières ou, jetés à bas, pendaient lamentablement aux étriers ; ce n’était plus qu’une cohue de mousquets, de sabres, de mains battant l’air et de faces convulsées. Et c’est au fort de cette débandade que les brigands ouvrirent le feu.
C’en était fait de la belle ordonnance des assaillants. Les chevaux s’égaillaient en tous sens, avec ou sans cavalier, piquant un galop endiablé à travers la futaie et le désordre de ses taillis. Une poignée de dragons s »étaient remis d’aplomb et tentaient de reformer un rang mais déjà les brigands fondaient sur eux à coups de gourdins et de crosses.
Le baron Maléfice était parvenu à maîtriser son cheval : il fit une volte brusque afin de porter secours à ses hommes. Mais il était trop tard, déjà les brigands les avaient dispersés. Voyant la partie perdue, il poussa un juron, éperonna sa monture et s’enfuit au galop, tandis que le voleur, toujours perché, lui lançait son adieu sarcastique :
– Quelle mouche vous pique, Messire ? Prenez garde d’éreinter votre cheval !
La voie était libre. Il ne restait plus qu’à capturer les chevaux vacants et à sauter en selle. Le voleur se coula au bas de son arbre et s’adossa un moment au tronc. Sa blessure commençait à le faire souffrir, le sang déjà transperçait sa chemise et sa redingote.

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Lecture commune  avec Lire le monde – Challenge chez Sandrine

 

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13 réflexions au sujet de « Le cavalier suédois – Léo Perutz »

  1. Hello Val. Un très bon livre d’un de mes auteurs favoris (huit romans lus, je crois). Bien que discret je suis toujous là, en plein dans Maintenant ou jamais dont nous reparlerons bientôt. Bises.

  2. Je suis d’accord avec toi : on éprouve finalement plus de sympathie pour l’imposteur que pour celui qu’il trompe. Une façon pour l’auteur de montrer que noblesse de sang n’est pas forcément synonyme de noblesse d’esprit (et vice-versa..) ?

    • Coucou Innganmic

      J’aurais tellement aimé que ce voleur (et menteur) s’en sorte

      Et dire que je passe mon temps à dire aux enfants qu’il faut être droit et honnête…
      Bonne journée 🙂

  3. C’est bien Perutz, hein ! 🙂
    des intrigues calées au millimètre, avec une logique assez retorse… et un beau fond de pessimisme. Le cavalier suédois avait été mon premier titre de lui, j’en garde un sacré souvenir.

  4. Ping : La neige de Saint Pierre – Leo Perutz | La jument verte

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