L’intranquille – autoportrait d’un fils, d’un peintre, d’un fou – Gérard Garouste avec Judith Perrignon

C’était en 1953, je m’en souviens à cause du couronnement de la reine d’Angleterre, nous avions passé la matinée avec Eléo, l’oreille collée au poste de radio alors aussi gros qu’une télévision, et les yeux rêveurs à deviner les fastes du monde. Casso, lui, se fiche complètement de ce genre d’événement, rien ne brille plus que son univers en minium.

Cette année-là, mes parents m’envoyèrent pour Noël un jeu de construction en bois dont le couvercle promettait un chalet.  Après l’avoir ouvert, je me suis installé devant la cheminée et j’ai fait brûler les baguettes de bois, une par une sous le regard de mon oncle.  Il disait calmement, moi je serai toi, je ne ferais pas ça, si Eléo te voit, tu vas prendre une sacrée fessée, mais je continuais sans l’écouter la lente destruction du cadeau.  Ça s’est terminé comme prévu par une fessée pantalon baissé sur les jambes d’Eléo, et mon oncle en face qui semblait dire je t’avais prévenu. Je ne sais pas si je repoussais par ce geste tout ce qui venait de mes parents.  Je sais seulement que mes plus beaux souvenirs d’enfance sont là-bas.

J’étais un Indien : avec un cousin on s’enfermait dans la cave fraîche et obscure, nous étions en slip avec un arc et des flèches, à cheval sur les tonneaux, nous passions là de longues heures à nous croire les plus forts.
J’étais un cancre, j’allais à l’école, une vraie petite classe unique digne du XIXe siècle, tenue par un instituteur avec une raie au milieu du crâne aussi droite que la règle dont il usait pour nous taper sur les doigts. Il ne laissait rien au hasard et dessinait à la plume sur mes cahiers des zéros d’un graphisme impeccable.

J’étais ivre à la moisson de septembre encore menée par les chevaux. La poussière nous asséchait la gorge, il fallait boire beaucoup et l’on ne servait que du vin,  aux adultes comme aux enfants.

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,L’intranquille – autoportrait d’un fils, d’un peintre, d’un fou – Gérard Garouste avec Judith Perrignon

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6 réflexions au sujet de « L’intranquille – autoportrait d’un fils, d’un peintre, d’un fou – Gérard Garouste avec Judith Perrignon »

  1. Je ne connaissais pas ce livre, mais Gérard Garouste a peint de très belles illustrations pour mon livre préféré… 🙂
    Alors, je note. 🙂

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