La couleur des ombres – Colm Toibin

Lc avec Edulac

la couleur des ombres

Recueil de nouvelles sur le thème de l’exil

Colm Toibin sait raconter les difficultés de l’exil, le décalage que ressentent les déracinés, que l’exil ait été volontaire (pour des études ) ou provoqués par des circonstances extérieures (dictature, immigration pour raison économique…)
Ses personnages sont donc en quête d’identité. Une écriture toute en réflexion, sur le passé et le futur en tant qu’exilé.
La nouvelle qui m’a le plus plu est la deuxième intitulée « silence ». Le début a comme départ une note dans les carnets de Henry James au sujet d’une femme adultère. L’auteur, à partir de cette note, va inventer toute une histoire sans lien avec la note initiale mais tout à fait plausible …

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Ensuite parmi ces neufs nouvelles, j’ai été touchée par la rencontre entre Malik et Abdel deux pakistanais qui se retrouvent exilés en Espagne . Abdel est très renfermé et ne souhaite qu’une chose : rembourser ses « passeurs » et rentrer au Pakistan auprès de sa femmes et de ses enfants. Malik est célibataire et se sent attiré par Abdel.
L’amour homosexuel tient une place importante dans ce recueil car c’est aussi le sujet de la nouvelle Barcelone 1975 où on suit un jeune étudiant irlandais dans sa découverte de l’Espagne où Franco agonise. Fêtes et partouzes sont l’occasion pour lui de nous faire découvrir une Espagne étonnante.

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« La couleur des ombres », qui donne son titre au recueil, est une nouvelle très douce ; elle retrace une partie de la vie de Paul qui accompagne les derniers mois de la vie de sa tante qui l’a élevée, sa mère, alcoolique l’ayant abandonné tout petit. La vieille dame est admise dans une résidence pour personnes dépendantes et Paul lui rend souvent visite.

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La nouvelle « Les pêcheurs de perle » m’a laissé un sentiment de malaise. Elle met en scène les retrouvailles d’un jeune homme et d’un couple d’amis. Les trois personnes, ont suivi leur scolarité dans un établissement où le Père O Neill est plus qu’ambigu…

Pour finir deux extraits :
Un extrait le début de la première nouvelle « Un moins un »

La lune pèse sur le Texas. La lune est ma mère. elle est pleine ce soir et d’une luminosité plus intense que n’importe quel éclairage au néon ; il y a des replis rouges dans l’immensité de son ambre. Peut-être est ce une lune de moissons, une lune comanche. Jamais je n’ai vu une lune aussi basse et comme saturée de son propre éclat. Ma mère est morte depuis six ans ce soir, l’Irlande est à six heures de distance, et tu dors.

Dernier extrait  : dans « La nouvelle Espagne », une jeune femme Carme retourne en Espagne, à la fin de la dictature de Franco, après un long séjour à Londres. Elle se rend compte qu’elle n’a plus rien à dire à ses parents et à sa sœur. Elle s’opposait à eux pour des raisons « politiques  » du temps de Franco mais à la mort de celui ci, rien ne les rapproche à part l’amertume des années passées.

Qu’il était étrange de marcher ainsi seule dans les rues de Ciutadella. Dans les quartiers animés de Londres, une jeune femme seule, même la nuit, n’avait rien d’inhabituel. Elle pouvait se promener dans la rue, aller au cinéma, s’asseoir dans un bar sans attirer les regards. Ici, personne n’était seul, ou même en couple. Les jeunes avançaient en bande, cinq ou six filles avec cinq ou six garçons, les femmes plus agées allaient par groupe de trois ou quatre. Elle était la seule à ne pas être accompagnée et cela suffisait à faire d’elle une touriste, plus que n’importe quel détail de sa personne ou de sa tenue vestimentaire. Pourtant, malgré ce qu’en avaient dit ses parents, elle ne voyait nulle part de véritables touristes. Peut-être parce qu’il était minuit passé et que les touristes étaient tous partis se coucher, contrairement aux insulaires, qui savaient que la fête ne démarrait véritablement qu’à cette heure-là. Tout le monde paraissait être de l’île ; les gens se saluaient avec familiarité et semblaient pleinement chez eux dans ces rues étroites où ils s’effaçaient le long des murs pour faire de la place aux cavaliers qui est tarderaient pas à surgir.
Les chevaux étaient plus grands que dans son souvenir ; ils déboulèrent au galop au milieu des cris et les applaudissements. Les cavaliers, revêtus de costumes médiévaux, demeurèrent impassibles quand des groupes de jeunes gens se détachèrent des rangs des spectateurs pour les empêcher d’avancer davantage ; un jeune homme venait se placer sous le ventre d’un cheval et le soulevait doucement à la force des épaules jusqu’à ce qu’il soit debout sur ses postérieurs. Les chevaux étaient entraînés à ne pas ruer et à ne pas paniquer ; malgré tout la scène dégageait une atmosphère de lutte et de drame, intensifiée par les cris d’encouragement de la foule massée le long des murs et aux fenêtres. Les hommes rivalisaient pour maintenir chaque cheval dressé le plus longtemps possible avant de le reposer doucement au sol.
Leur course une fois freinée de la sorte avec succès, des femmes apparaissaient sur le seuil et invitaient les cavaliers à franchir la porte étroite de leur maison et à entrer au salon pour un « botet ». Chacune insistait, quémandait son « botet » – que le cheval se cabre un instant à l’intérieur de la maison afin de porter chance foyer durant tout le reste de l’année.

En conclusion : des nouvelles sensibles, parfois au vocabulaire très cru, des beaux portraits même si je ne me suis sentie proche d’aucun personnage (me manque l’expérience de l’exil sans doute)

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6 réflexions au sujet de « La couleur des ombres – Colm Toibin »

  1. Bonjour Val. Ce fut un plaisir de partager cette lecture. Comme toi certaines nouvelles m’ont beaucoup plu, d’autres m’ont trouvé indifférent, pas forcément les mêmes. Tu peux retrouver au moins trois ou quatre livres de Colm Toibin parmi mes billets. Je t’embrasse et on continue?

    • Coucou Edulac 🙂
      Effectivement nous ne parlons pas des mêmes nouvelles dans nos billets respectifs (sauf la nouvelle avec Carme peut être …)
      Pour continuer ? Volontiers 🙂
      Je t’envoie un mail 🙂
      Bisesss

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