Un certain nombre de nuances de blancs

La nuit quand tous les chats sont gris très clair, nous tournoyons avec les copains, sur une musique enlevée. Je sais, vous vous dîtes, tourner en rond pour des personnages de manège, ce n’est pas folichon mais c’est notre vie et nous ne nous ennuyons pas. Ce fameux soir, tous les enfants étaient partis et le patron nous faisaient faire un tour à vide pour ne pas nous refroidir trop vite. J’étais tranquillement à trottiner à côté de ma soeur jumelle, Nono-Immaculée de son prénom, moi c’est Dada-de-lys. Devant nous, le dodo et sa compagne se dandinaient, le mouton commençait sa nuit à côté de sa brebis, le dindon et la dinde de Noël survivante dodelinaient de la tête, le cochon rose pâle délavé et sa truie ronchonnaient, le loup et sa louve louvoyaient et complétaient le tableau. Tous les douze, nous chantonnions, de conserve, nous étions nés sous le signe du gémeaux. Nous tournions en rond sous les flonflons habituels montant et descendant la barre, sous l’oeil endormi du proprio, ivre de vin blanc.

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Quand soudain, le lapin blanc arriva en fanfare et en criant : »Nous allons être en retard : cela se passe chez Patchcath ce mois ci. Après Monesille et son herbe d’or , il faut y aller pour parler du blanc ».

Nono, ma soeur, qui n’a pas sa langue dans sa poche s’exclama : « Nonobstant le fait que c’est une cérémonie d’importance, nous ne pouvons pas nous y rendre, il y a le manège à faire tourner, s’occuper des enfants, des mamies, des papis…et le patron ne voudra jamais »
Le dodo prit la parole « Dodobstant le fait que je ne suis pas blanc de peau mais un peu noir sur le bord des plumes, je ne pense pas avoir des choses à dire sur le blanc ou alors uniquement sur le blanc de ton oeuf, ma chérie », dit il en rougissant. La dodo leva les yeux au ciel, émue…..ajoutant pour la forme « …et le patron ne voudra jamais »

Le dindon prit la parole « Dindonbstant le fait que ce que j’ai de mieux, à part ma cuisse de nymphe, c’est mon blanc, je m’en balance du blanc »
« Et ton blanc, c’est du poulet ? caqueta sa compagne, parce qu’à glousser comme cela on va finir par être en retard chez Patchcath, déjà qu’on a manqué l’herbe d’or chez Monesille. C’est cousu de fil blanc votre histoire. A force de discuter, on n’arrive jamais à se mettre d’accord et on rate les grandes occases ».

Le mouton opina avec son bonnet blanc, la brebis opina de son blanc bonnet.

Le cochon renchérit : « O boudin blanc, roi des boudins, cache ce blanc seing que je ne saurais voir, foie de jambon blanc, allons de ce pas chez Patchcatch ». La truie trucula pourtant « mais .. le patron ne voudra jamais »

Le loup banc qui n’avait rien dit jusque là regarda le lapin blanc d’un air gourmand et lui chuchota, le croc éclatant de blancheur : « Montre nous le chemin jusque chez Patchcath, et nous lui ferons un festival de blanc, une avalanche de clichés en noir et blanc, un poème boule de neige, une gueule de loup enfarinée montrant patte blanche, un oeil au beurre blanc et l’autre au beurre noir, les monts enneigés du kilimandjaro feront pâle figure suite à notre blanchiture éhontée, je tirerais à balle à blanc, vite partons, cher lapin blanc, avant que les blouses blanches ne nous embarquent …. « 

Après cette tirade, le jour commença à poindre à l’horizon (à l’heure où blanchit la campagne…..), alors, ni une,ni deux le loup et la louve tirèrent ensemble sur la bobinette et le pompon cherra ; ils se libérèrent du manège. Ils suivirent le lapin un brin apeuré, je revois encore sa queue blafarde disparaître dans le lointain. Les loups sautèrent impeccablement par dessus le banc. Le cochon suivit, poussé par sa truie au postérieur au moment du passage de l’obstacle du banc. Le Dodo et la dodo passèrent à côté du banc se hâtant lentement, d’un pas nonchalant et sortirent du cadre. Ma soeur me devança et sauta le banc, aérienne. Je la suivis sans un seul regard pour notre patron maintenant bien endormi.

Notre patron est sympa mais demain au réveil il va en être chocolat (blanc) que nous soyons tous partis chez Patchcath.

manège

Merci à Martine pour la photo qui m’a donné l’idée de ce petit texte.

Objet : devinette ….

Qui suis je ? 
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Moi j’écris des pattes de mouches, des points coccinelle
Moi j’écris une hémorragie de phrases déferlantes 
Moi j’écris des vagues immobiles et écumantes 
Moi j’écris le printemps et ses couleurs pastelles 
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Je trace avec compas et règle délicates tangentes 
Je sculpte majuscule et minuscule, je cisèle 
Encre de Chine, bleu de Prusse m’ensorcelle 
Dans la jungle des mots, j’apporte ma jeunesse ébouriffante 
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Mais si canicule arrive, je deviens baveux 
Je perd mon fil ..qui de pourpre passe à orange
Je rature, je biffe, raye et me venge  
Alors que moi je reste toujours lumineux 
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Qui suis je ? (merci de laisser vos réponses en commentaires)
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Martine nous parle d’un objet rouge ici .
Geneviève a trouvé deux (voire trois) objets verts.
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Un hiver à Paris – Jean-Philippe Blondel

Au conseil de classe du premier semestre, on me jugea de la race des tâcherons. « Mais, fit remarquer l’enseignant d’histoire, il y a des tâcherons qui, par la force du travail fourni, parviennent à décrocher la timbale, ne l’oublions pas. » Sa collègue de philosophie en doutait – mais elle admit qu’il fallait de toute façon quelques percherons en khâgne, afin qu’on distinguât mieux les pur-sang.
[….]
À la surprise de beaucoup, au mois de mai, je figurais parmi la douzaine d’admis à passer dans la classe supérieure.
J’étais le douzième. Celui sur qui personne ne misait un kopeck, sauf peut-être Clauset, le professeur de français, qui aimait humilier les élèves – il s’amusait toujours à parier sur les bourrins lorsqu’il jouait aux courses.
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Un hiver à Paris – Jean-Philippe Blondel
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En attendant le vote des bêtes sauvages – Ahmadou Kourouma

en attendant le vote des bêtes sauvages

Ce livre d’un auteur ivoirien relate l’accession au pouvoir de Koyaga, l’homme au totem de faucon dans un pays imaginaire, le pays du Golfe.

Merci à cet article de Wikipedia qui m’a permis de mieux comprendre le contexte. En fait le dictateur en question est celui du Togo. Au cours de six veillées, le conteur-griot va nous raconter l’enfance de ce chef (enfance outrageusement romancée ce qui la rend drôle), la mort injuste de son père au retour de la guerre 14 18, son engagement en Indochine en tant que tirailleur, puis son accession au pouvoir aidé en cela par les anciens colonisateurs)

J’ai apprécié la façon de l’auteur d’amener une critique forte des dictateurs de ces pays, car il n’y a pas que l’homme au totem de faucon, il y a aussi celui au totem de caïman, au totem de hyène, celui au totem léopard….
Ah l’Afrique pendant et après la colonisation : pauvre Afrique qui se « libère » des pays colonisateurs pour être pillée par les soi-disant libérateurs…. leurs marabouts et autre croyances …les élections truquées, les rivalités entre ethnies…

Je connais très peu l’histoire de l’Afrique. Ce livre m’a permis d’en apprendre plus et notamment sur le rôle de la France, du général de Gaulle à François Mitterand…. Les enjeux de la guerre froide en Afrique sont également évoqués …

Où comment la fin de cette guerre froide et 30 ans de dictature plonge le pays dans la guerre civile…
L’auteur manie l’humour (grinçant) et le comique de répétition à merveille.

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Quelques extraits pour vous faire une idée de ce livre qui fut ma dernière lecture de 2015 et premier billet de 2016

Page 36
Le caporal Koyaga, le héros chasseur, surprit tout le monde en surgissant de la jungle huit semaines après la destruction du poste, en tête de sa section, à une cinquantaine de kilomètres de Cao Bang. La section rentrait avec son équipage, ses armes (les 36, la mitraillette, les minutions, le bazooka) mais aussi deux pensionnaires du bordel militaire (la cheftaine Fatima et son adjointe).
Traîner deux dondons de pouffiasses marocaines dans la jungle fut un exploit qui d’abord fit rire dans le mess. Mais quand on dit que le caporal avait accompli la prouesse avec une balle dans l’omoplate, des « merdes » d’admiration et d’étonnement succédèrent aux sourires narquois.
L’état major vous attribua des médailles et vous nomma sergent à votre embarquement sur le s/s Pasteur comme rapatrié sanitaire.
Dans les rencontres des anciens combattants d’Indochine, on se conte les grands exploits réalisés par des soldats dans les rizières. On raconte toujours le fait d’armes du caporal qui, blessé en tête de sa section et avec deux prostituées, guerroya pendant huit semaines entières contre des régiments de Viets et les défit. Il s’agit de votre exploit, Koyaga.
Ainsi vous resterez un héros de légende de l’armée française aussi célèbre que votre père. Votre père Tchao l’est pour avoir bondi seul, sans l’ordre de son caporal, de son terrier de Verdun, et avoir enfourché dans la tranchée d’en face, avec la baïonnette, cinq guerriers allemands. Et vous le demeurerez jusqu’à la fin de l’univers pour avoir sauvé dans la jungle deux plantureuses péripatéticiennes.

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P 64
Au débarquement, comme rapatrié sanitaire vous fûtes évacué sur l’hôpital militaire. On vous examina. Vous étiez entier comme une carpe de fin de saisons de pluie, sain comme la gousse d’un baobab de cimetière. Vous pouviez réengager si vous le désiriez, continuer à acquérir des grades dans les tirailleurs. Il vous fut expliqué qu’on ne demandait plus de paléos pour l’extrême Orient, mais pour l’Afrique du Nord, l’Algérie, où la France avait ouvert un nouveau chantier de guerre coloniale.

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Page 196
Quel que soit l’enthousiasme des danseurs, le frappeur de tam-tam de temps en temps arrête la fête pour chômait fer son instrument. Imitons le.
Le sora arrête de conter, donne un intermède musical et récite trois proverbes sur le pouvoir :
Le coassement des grenouilles n’empêche pas l’éléphant de boire.
Si le puissant mange un caméléon, on dit que c’est pour se soigner, c’est un médicament. Si le pauvre en mange, on l’accuse de gourmandise.
Si un arbre est sorti de terre sous un baobab, il meurt arbrisseau.

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Lire le monde organisé par Sandrine pour la Côte d’Ivoire
Et challenge à tout prix chez Asphodèle  « prix du livre inter 1999 »

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52 nuances de vert

Patchcath me demandait ici si j’allais fixer des sujets à l’avance pour mon mini-projet « 52 Nuances de verts »

Voici pour les trois mois à venir mon programme (je n’arrive pas à me projeter à plus de trois mois car un important déménagement se profile fin juin et je ne sais pas si j’aurais le temps d’écrire après fin mars)

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09 janvier : Objet
16 janvier : Peinture
23 janvier : Animal
30 janvier : Proverbe
06 février : Livre
13 février : Musique
20 février : Mer
27 février : Chanson
05 mars   : Poésie
12 mars   : Cinéma
19 mars   : Nourriture
26 mars   : Printemps

23 avril : L’absence

28 avril : Poésie

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Et vous, quand vous entendez « Vert » , à quoi pensez vous ?

Bilan Lecture 2015

Voici venu le temps de se pencher sur 2015 avant d’être happé par 2016….

Mes plus belles lectures « presque » en vrac :

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Aucun souvenir assez solide – Alain Damasio – LE livre de l’année 🙂

damasio

Le jour des Corneilles – Jean Francois Beauchemin (catégorie langue inventive)

le jour des corneilles

Le mur invisible – Marlen Haushofer (catégorie la LC la plus réussie 😉 Merci Edualc ….

mur invisible

Sauf les fleurs –  Nicolas Clément (catégorie écriture poétique sur un sujet très difficile)

sauf les fleurs

D’acier – Silvia Avallone (Catégorie roman coup de poing)

dacier

Chroniques du pays des mères – Elisabeth Vonarburg (catégorie Science-Fiction)

quebec chroniques

Les fous de bassan – Anne Hébert (Catégorie polyphonie)

fous

Nymphéas noirs – Michel Bussi (catégorie polar bluffant)

nympheas noirs

Et non chroniqués :
Eva dort de Francesca Melandri (catégorie historique)
Un cheval entre dans un bar de David Grossman (catégorie émotion)
Quel petit vélo à guidon chromé au fond de la cour ? de Georges Perec (catégorie Exercices de style)

quel petit vélo un cheval entre dans un bar eva dort

 

Aujourd’hui « idéal de traverse – 27 décembre

En prenant la ruelle qui longe le canal à Annecy, nous sommes passés à côté du « Lilas rose » qui était auréolé de l’ombre des guirlandes bleues. Un pont traverse l’arc lumineux (à moins que ce ne soit l’inverse)

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Le déménagement familial pour la Haute-Savoie se précise. Il est prévu pour l’été 2016. Quant à savoir si la future vie loin de Paris correspond à un idéal, ceci est une autre histoire …

annecy1 annecy2 ANNECY 3 ANNECY 4 ANNECY 5

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366 réels à prise rapide (les règles sont ici)

1. écrire sur le vif : OK

2. pas plus de 100 mots :76 mots

3. éléments réels de la journée : OK

4. suivre la consigne de la date : OK