Elles ne se rendent pas compte – Boris Vian

– Il m’a pas volée, ce coup là. C’est de la bonne.
Elle se met à rire, d’un rire à vous rendre malade.
– Gaya… Qu’est-ce que tu as ? dis-je.
– Il m’a pas volée, répète-t-elle, pâteuse.
Je m’approche d’elle et je la gifle à la volée, pour la changer. Je jette un coup d’œil dans le lavabo. Non, elle n’est pas malade. Elle n’a pas bu. Elle ne sent rien. Ni l’alcool, ni marijuana.
– Fiche moi la paix, dit-elle.
Je la regarde de près. Elle a le nez pincé et des yeux comme des pointes d’aiguilles. La pupille complètement rétrécie. Ça me rappelle quelque chose. Je regarde autour de moi. Rien. Un de ses poignets est déboutonné. Je relève sa manche. Ça va, j’ai compris.
Il n’y a rien à faire pour l’instant. La coller dans son lit. La laisser digérer son truc. Morphine ou autre.
Parce que c’est ça qu’elle a sur le bras. Une bonne dizaine de petits points rouges, bruns ou noirs suivant leur degré d’ancienneté. Il y en a un tout frais. Une gouttelette de sang perle encore sur la peau.
Voilà. Une fille de dix-sept ans. Bâtie comme une Vénus de Milo avec bras – peut-être que vous n’aimez pas ça, mais alors, vous n’aimez sûrement pas non plus une belle jument bien balancée – une fille avec des cuisses, des seins et un corps comme on n’en trouve pas des douzaines, et une belle tête de slave, un peu plate, avec des yeux obliques et des cheveux blonds tout frisés.

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Elles ne se rendent pas compte – Boris Vian 

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