Le roi de Kahel – Tierno Monénembo

le roi de kahel

 

Tierno Monénembo annonce d’emblée qu’il s’agit d’un roman et pas d’une biographie même si le personnage principal Aimé Olivier de Sanderval a réellement existé . Embarquement immédiat vers le Fouta-Djalon, un coin paradisiaque d’Afrique de l’ouest gouverné par un almâmi (imam) et une multitude de rois.
1880 :  Aimé Olivier débarque au Fouta Djalon. A 40 ans, il est industriel et son souhait est de faire traverser ce beau pays par un chemin de fer, d’apporter à l’Afrique et  la France coopération et richesses ….Mais pour cela il faut négocier avec les peuls, les anglais, les français…

Petit à petit, Aimé devient Yémé et se fait adopter par le peuple peul jusqu’à devenir « roi » du Kahel, un peu par la ruse et parfois par la force (tout en restant plutôt respectueux des populations locales ….enfin respectueux par rapport aux autres colonisateurs)
Aimé est un personnage attachant qui est très opiniâtre et aussi ouvert à la culture qu’il rencontre. On suit ses pas sur 30 ans, entre aller-retour à Lion et au Fouta Djalon…….l’Afrique, son parfum enivrant, son peuple rusé et fier, ses princesses africaines… et aussi la dysenterie et les serpents….. …..les ruses des uns et des autres pour mettre la main sur ce pays de Cocagne…

Aimé est tour à tour un visionnaire, un illuminé, un père absent et présent ….. un mari aimant et volage …..un trafiquant d’armes aussi…. . Un beau portrait d’un homme et d’un pays …

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Un extrait où Aimé Olivier essaie de convaincre un ministre « d’investir » dans le Fouta-Djalon.

– Tenir l’Afrique par le Sénégal et le Soudan, c’est tenir le sabre par la lame ! Sans le Fouta-Djalon, nous risquons de tout perdre là-bas !
Il s’interrompit quelques instants pour se diriger vers la mappemonde collée au mur :
– Revoyons un peu, si vous le voulez bien, monsieur le ministre, la carte du monde. Qu’avons-nous autour de notre pauvre France ?
Il prit la règle et montra d’un air grave l’Espagne, l’Angleterre, l’Allemagne, rien que des ennemis ! Comment survivre dans ce guêpier ? L’Afrique ! Il n’y avait pas d’autre solution ! « Elle doit être le corps et nous l’esprit ! », insista-t-il. Il avait compris, lui, dès son arrivée à Gorée, qu’elle devait immédiatement cesser d’être une simple réserve d’esclaves et d’oléagineux pour devenir, minutieusement dégrossie sous le scalp d’Athènes et de Rome, une amie, une alliée, une province française. Alors, la France pourrait y lever une grande armée ; grâce à elle, la conquête de l’Italie serait facile ainsi que le passage par le Brenner vers l’Autriche. L’Allemagne n’aurait plus le choix : la paix éternelle et peut-être même l’union face à une Angleterre ennemie de l’Europe. Et comment faire de l’Afrique une province française ? En faisant du Fouta-Djalon sa base, c’était aussi évident que le nez au milieu du visage.

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Deuxième extrait , sa rencontre avec une princesse africaine (p 48)

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Le lendemain, il reçut la visite de Taïbou. Elle entra avec cette lenteur soigneusement étudiée qui indique chez les Peuls la noblesse et le rang. Elle était plus resplendissante que la dernière fois : plus de tresses et de bijoux, plus d’éclat et de grâce ! Ses épaules étaient recouvertes d’un frêle châle de dentelle qui laissait entrevoir ses seins pulpeux et fermes aux bouts cernés d’aréoles couleur de miel et sur lesquels venait battre un réseau dense de colliers de joncs et de perles. Son visage aux traits réguliers luisait avec des reflets de cuivre dans la lumière du soleil naissant. De profil, elle avait l’air d’une gamine malgré sa taille élancée et ses seins arrondis.
Mais de ses beaux yeux en forme de gousses sortait un regard d’aigle propre à ceux qui sont nés pour gronder et ordonner. Elle n’avait que vingt-quatre ans, vingt-huit tout au plus, dans ce pays isolé où, hormis pour quelques familles fortement arabisées, l’état civil était inconnu. Mais c’était la femme la plus puissante du Fouta. On la disait riche, indépendante et belliqueuse. Elle disposait d’autant d’or et  de terre que son prince de mari. Ses amants se  comptaient par dizaines et ses esclaves par milliers. Imbattable à cheval, elle marchait elle-même à la tête de ses six mille guerriers. Les légendes les plus folles couraient  à son sujet. On disait qu’elle mutilait ses esclaves et faisait troncher le cou aux jeunes gens qui ne lui plaisaient plus. Ceux qui avaient le malheur de se retrouver dans sa ligne de mire couraient, un jour ou l’autre, un véritable dilemme :  le couteau d’Aguibou ou son poison à elle.

En conclusion : Un roman dépaysant où j’ai appris énormément sur l’Afrique et la colonisation.

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Ys, Claire et Kathel ont lu Le terroriste noir et Karine a lu  le roi de Kahel

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Challenge « Lire le monde » (Guinée) avec Sandrine, Challenge Top 50 organisé par Claire catégorie « Livre tiré d’une histoire vraie », Challenge à tous prix chez Asphodèle (prix Renaudot 2008)

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11 réflexions au sujet de « Le roi de Kahel – Tierno Monénembo »

  1. Ping : Tierno Monénembo, Le terroriste noir – Lettres exprès

  2. Zut, encore un livre à lire 🙂 !! en contrepoint, je propose « l’Afrique fantôme », de Michel Leyris, journal d’exploration à travers l’Afrique des années 30…. ou le personnage le plus perdu est un guide africain qui, à force d’accompagner les explorateurs, arrive dans un coin d’Afrique dont il ne connait ni la langue, ni les coutumes, et se retrouve perdu chez lui, en quelque sorte 😦

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