Le mépris – Alberto Moravia

le mepris

Avant de lire ce livre, je connaissais pas du tout l’histoire n’ayant pas vu le film, pourtant célèbre.
Ce livre, écrit en 1953, met en scène l’évolution d’un jeune couple Riccardo et Emilia, mariés depuis deux ans. Entre eux, les deux premières années furent idylliques, selon Ricardo, car c’est lui le seul narrateur.

On se sait pas ce que pense Emilia, et son avis n’est « audible » que par ce que Riccardo veut bien nous dire, déformé par un certain manque de réalisme (selon moi). Car le dénommé Riccardo, bien que passionnément amoureux d’Emilia, ne la comprend guère et n’est pas très psychologue. Pour lui faire plaisir, il achète un appartement et accepte un travail de scénariste bien payé, mettant sa carrière d’auteur de théâtre entre parenthèses. Riccardo essaie d’analyser le soudain éloignement d’Emilia, sa froideur…..
Sur un malentendu, les choses entre les jeunes gens (Riccardo a 27 ans, Emilia à peu près autant) se détériorent avec l’arrivée dans leur entourage de Battista, le metteur en scène du prochain film où Riccardo sera scénariste.

Un extrait
Ce fut après avoir signé mon contrat pour un second scénario, non cette fois avec Battista, mais avec un autre producteur, que brusquement le courage et la volonté m’abandonnèrent et que je commençais à ressentir avec une irritation et un dégoût croissants tous les inconvénients que je viens d’énumérer. La journée m’apparaissait dès mon lever telle un désert aride sans l’ombre agréable de la contemplation et du loisir, mais sous le soleil importun de l’inspiration forcée. J’étais à peine entré chez le metteur en scène qu’il m’accueillait dans son studio par une de ces phrases rituelles : – Alors, qu’ont donné tes réflexions de la nuit ?…Tu as trouvé une solution ? Ensuite, au cours du travail, tout m’impatientait et me dégoûteait : les digressions de tout genre par lesquelles le metteur en scène et les scénaristes cherchaient à alléger les longues heures de discussion, l’incompréhension, le manque de subtilité ou même les simples divergences d’opinion de mes collaborateurs à mesure que s’écrivait le manuscrit… jusqu’aux louanges du metteur en scène pour chacune de mes trouvailles ou de mes idées, louanges qui avaient pour moi un arrière-goût amer parce qu’ainsi que je l’ai dit il me semblait donner le meilleur de moi-même pour une chose qui au fond ne me regardait pas et à laquelle je participais contre mon gré. C’est même ce dernier inconvénient, qui à ce moment, me paru le plus insupportable. Et chaque fois que le metteur en scène, dans son langage populaire et familier propre à beaucoup d’entre eux, sautait sur sa chaise en s’exclamant : – Bravo ! Tu es un chef ! – je ne pouvais m’empêcher de penser : « Dire que j’aurais pu m’en servir pour un drame, une comédie à moi! ». Pourtant, par une singulière et amère contradiction malgré mes répugnances je ne parvenais pas à me soustraire à ma tâche de scénariste. La mise sur pied de ces scénarios ressemblait un peu à ces vieux attelages à quatre, où certains des chevaux, plus forts et plus courageux, tiraient et où les autres faisaient semblant de tirer mais en réalité se laissaient traîner par leurs compagnons. Et bien ! malgré mon impatience et mon aversion, je m’aperçus très vite que j’étais toujours le cheval qui tirait ; les deux autres, le metteur en scène et mon collègue, attendaient toujours en face des difficultés que j’arrive avec ma solution. (p 60)

J’ai beaucoup aimé cette histoire entre Emilia et Riccardo, le parrallèle entre le film que Riccardo doit préparer (un film sur l’Odyssée d’Ulysse et ses relations conjugales avec Pénéloppe) et sa propre analyse de ses relations avec sa femme.
Un couple qui part à vau l’eau : manque de dialogues entre les deux concernés ? place du travail entre un homme qui prend un emploi qui ne lui plaît pas pour faire « plaisir » à sa femme ? inconsistance d’une jeune femme « peu cultivée » (c’est Riccardo qui le dit), ravissante mais ne réfléchissant pas beaucoup et qui finit par mépriser son mari ….? Tout cela et bien plus encore…..

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La bande annonce et l’avis d’Edulac sur ce film que j’ai de plus en plus envie de voir….

Challenge Mois Italien chez Eimelle

Venise grand canal italie

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18 réflexions au sujet de « Le mépris – Alberto Moravia »

  1. Un excellent roman de cet auteur !!! Un film à voir si … on n’a pas lu le roman – grande fût la déception, indépendamment de la qualité réelle du film … curieux paradoxe … mais l’écriture de Moravia ne s’y retrouve pas à mon sens.

  2. Bonjour,
    Filamots a déménagé définitivement de son blog et continue brindille33, que j’avais créé il y a une bonne année;-)
    Pour ce qui concerne et le film et le livre je n’ai ni lu ni vu.
    Toutefois je préfèrerais de loin découvrir le livre de Moravia. J’ai vu le film la Ciociara ou La Paysanne aux Pieds Nus avec Sophia Loren dans ce film bouleversant, noir. J’aime Vittorio de Sica comme réalisateur, c’était les films de ma jeunesse, et maman devait certainement avoir un livre de lui dans sa bibliothèque, puisque l’auteur ne m’est nullement inconnu. Sans doute Le Mépris ou un autre, puisque de mémoire je me souvenais de son prénom 🙂 Mince ce sont des souvenirs.
    Quant après avoir lu ton analyse du livre, ce n’est pas ce que je devrais lire en ce moment, et pas de si tôt non plus.
    Toutefois les phrases résonnent en moi comme connues. Peut-être l’aurais-je lu et ensuite abandonné ? Il y aurait longtemps alors.
    Merci pour ton avis, et pour le rappel de cet auteur. 🙂
    Bon w.e. à toi.
    Geneviève

    • C’est vrai que quand je vois un extrait avec un canasson j’ai du mal à résister 🙂
      Pour Moravia, ce n’est pas grave ..
      Figure toi que je suis allée vérifier cette semaine si Piccoli (l’acteur principal dans le film) était français ou italien …
      Bisessss

  3. Aspho m’a offert  » L’ennui  » de Moravia et j’avoue y aller un peu à reculons…mais bon si tu as aimé, c’est encourageant non ?
    Je ne savais pas que le film de Godard était tiré d’un livre !

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