Chant d’une nuit d’été – Marie Noël

jeudi-poesie

 

Soène me faisait découvrir cette poétesse ici. Merci à Asphodèle pour son idée des « jeudis poésie »

Le soir de la Saint-Jean,
À la minuit dorée,
Dans le bonheur des champs,
Je me suis égarée.

Dans le pré le plus fol
J’ai rencontré l’Année.
Le chant du rossignol
À minuit l’a menée.

De chèvrefeuille blond
La tête couronnée,
L’Année aux cheveux longs,
De lune environnée…

Le Roi de l’An parti
Pour sa grand-chevauchée,
Le Soleil du midi
Tout le jour l’a cherchée.

Voici le soir d’amour,
La belle s’est levée…
Le Roi qui fait le tour
Du monde l’a trouvée.

«Arrête, ô mon cheval !
J’ai ma route oubliée…
Voici ma mie au val.
Ma belle mariée. »

Le Roi sous la douceur
Du saule l’a baisée.
Il prend son doigt en fleur
Dans l’anneau d’épousée.

La nuit de la Saint-Jean,
À la minuit passée,
Sous le saule d’argent
Il la tient embrassée.

………………………………..

Mais au bout de la nuit
– Quels pleurs m’ont appelée ? –
J’entends la nuit qui fuit,
J’entends l’heure écoulée,

Et le trot du cheval,
Qu’emporte la journée
Et le frisson du val,
Et l’herbe abandonnée,

Et la douceur des mois
Jour à jour en allée,
Et la douleur des voix
D’automne inconsolées …

J’entends l’amant qui part,
J’entends pâlir l’Année,
Des fols cheveux épars,
Sa couronne fanée…

«Soleil, ô mon époux,
Toute à vous enlacée,
Le temps qui tourne en vous
Hors de vous m’a chassée !…

– Que faites-vous, ma mie ?
– Hors de vous je m’en vais.

– Où courez-vous, ma mie ?
– Me perdre au temps mauvais.

– Qui vous conduit, ma mie ?
– Le vent qui ne sait où.

– Que cherchez-vous, ma mie ?
– Un lieu sans moi ni vous.

– Qu’attendez-vous, ma mie ?…
– Votre cœur un instant
Pour y quitter ma vie,
Pour vous pleurer dedans.

Un instant sous le saule,
Le plus long, le plus court,
Au creux de votre épaule,
Pour un mourir toujours. »

(Marie Noël, Chants et Psaumes d’automne, 1947)

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11 réflexions au sujet de « Chant d’une nuit d’été – Marie Noël »

  1. Ping : Le jeudi en poésie avec Colette Nys-Mazure | Les lectures d'Asphodèle, les humeurs et l'écriture

  2. Il n’y a que Soène pour nous faire découvrir des poètes « grand siècle » et je dois dire que ça me plaît ce charme un peu suranné et so romantic !!! Il fallait quand même qu’il y ait un cheval pour plaire à la Jument Verte :!!! 😀 Bisouxxxx

  3. Coucou Valentyne
    Ravie de te retrouver pour cette circonstance !
    C’est vrai qu’elle est un peu bavarde Marie NOËL mais à Auxerre elle a une statue à son image 😼
    Ce poème est écrit pour te plaire, tout à fait !
    Gros bisous et bonne fin de semaine

  4. Je connaissais Marie Noël pour un autre poème… décidément, il faudra que je la lise mieux que je ne l’ai fait jusqu’à présent.
    J’aime beaucoup.

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