Aujourd’hui « perte de » – 1er octobre

Aujourd’hui j’ai perdu :

– Mon mouchoir sur le bord du trottoir

– Mon temps dans les transports

– Quelques cheveux (mais aucun blanc)

– Quelques illusions professionnelles (il va falloir que je fasse plus attention à mes affaires)

Et le pire du pire, j’ai perdu 3 minutes de soleil (et si vous habitez en France métropolitaine vous aussi)

Je rage parce que je suis mauvaise perdante.

Une petite chanson dédicacée à Célestine pour qu’elle ne perde pas son sommeil.

.

366 réels à prise rapide (les règles sont ici)

1. écrire sur le vif : OK

2. pas plus de 100 mots : 107 mots

3. éléments réels de la journée : OK

4. suivre la consigne de la date : OK

Le jour avant le bonheur – Erri De Luca

  le jour avant le bonheur

Naples à la fin de la seconde guerre mondiale et après….

Erri de Luca  donne  la parole à un jeune homme de son enfance à ses  20 ans. Celui ci raconte sa vie quotidienne d’orphelin : il est entouré par une mère adoptive (que l’on ne verra pas mais qui lui donne une pension alimentaire lui évitant les sordides orphelinats d’après guerre), par Don Gaetano, le concierge de l’immeuble où l’enfant vit dans un réduit.

Don Gaetano est lui aussi orphelin : il lui raconte le Naples de la guerre, les combats, la rencontre avec un jeune homme juif qui guette le « jour d’avant le bonheur » , celui de la libération de Naples.

Certaines personnes savent, le jour d’avant, qu’elles ont rendez-vous avec lui. Et, malgré cette intuition, elles ne seront pas prêtes. Le bonheur est toujours une embuscade. On est pris par surprise. Le jour d’avant est donc le meilleur…

Le jour avant le bonheur nous brosse aussi deux portraits  de femmes, seules, comme la veuve de l’immeuble chez qui don Gaetano et le jeune homme font de menues réparations, et celui de la belle Anna, enfant mystérieuse à sa fenêtre puis fiancée de mafioso…

Des scénettes de vie ont paru prendre forme sous mes yeux : Le foot dans la rue, l’école échelle sociale et un premier amour… la parole libératrice de Don Gaetano ainsi qu’un geste lui aussi salvateur.

Un extrait : 

« Dans les plaines d’Argentine, j’ai connu le feu. Je l’ai vu s’allumer sous la foudre, se cacher et glisser sous l’averse. Puis il partait en frétillements de lézard sous l’herbe qui ployait, sortait la tête, s’enroulait en pelote avec le vent, sautait sur un buisson et dansait au sommet. Je l’ai vu pourchasser les bêtes, attraper les oiseaux en vol. J’ai vu son dos orangé monter sur la colline, devant lui courait la trombe de fumée noire avec laquelle il part à l’assaut . »
Quand il parlait de l’Argentine, don Gaetano utilisait une autre langue et une deuxième voix, plus de gorge. Des mots rapides, nerveux, lui venaient, à tenir en bride.
« Je frôlais les incendies, la chasse y était bonne, mais c’était surtout parce qu’ils m’attiraient. L’air était amer,  mes cils étaient brûlants. Le cheval éternuait de peur, mais il était fier et supportait. L’incendie laisse la terre en blanc et noir, il suce la moelle des couleurs, dessèche le vert le bleu et le marron. La nuit, je m’en éloignait pour bivouaquer, le feu que j’allumais flairait l’incendie et appelait pour se laisser rattraper. A l’aube, je l’étouffais en piétinant jusqu’à la dernière braise et le feu me détestait car j’étais son maître et lui ne supporte aucun. C’est un expert de l’encerclement, il surgit brusquement du côté opposé, avance même à contrevent. Il gronde s’il se trouve cerné ».

.

En conclusion : Une écriture à la fois très poétique, nostalgique avec  quelques moments très drôles dans la loge du concierge (l’Italie défile avec ses personnages à l’accent prononcé …)

Mois italien chez Eimelle et challenge lire sous la contrainte chez Philippe avec le mot « Bonheur » comme contrainte 😉

challenge-contrainteVenise grand canal italie

Chant d’une nuit d’été – Marie Noël

jeudi-poesie

 

Soène me faisait découvrir cette poétesse ici. Merci à Asphodèle pour son idée des « jeudis poésie »

Le soir de la Saint-Jean,
À la minuit dorée,
Dans le bonheur des champs,
Je me suis égarée.

Dans le pré le plus fol
J’ai rencontré l’Année.
Le chant du rossignol
À minuit l’a menée.

De chèvrefeuille blond
La tête couronnée,
L’Année aux cheveux longs,
De lune environnée…

Le Roi de l’An parti
Pour sa grand-chevauchée,
Le Soleil du midi
Tout le jour l’a cherchée.

Voici le soir d’amour,
La belle s’est levée…
Le Roi qui fait le tour
Du monde l’a trouvée.

«Arrête, ô mon cheval !
J’ai ma route oubliée…
Voici ma mie au val.
Ma belle mariée. »

Le Roi sous la douceur
Du saule l’a baisée.
Il prend son doigt en fleur
Dans l’anneau d’épousée.

La nuit de la Saint-Jean,
À la minuit passée,
Sous le saule d’argent
Il la tient embrassée.

………………………………..

Mais au bout de la nuit
– Quels pleurs m’ont appelée ? –
J’entends la nuit qui fuit,
J’entends l’heure écoulée,

Et le trot du cheval,
Qu’emporte la journée
Et le frisson du val,
Et l’herbe abandonnée,

Et la douceur des mois
Jour à jour en allée,
Et la douleur des voix
D’automne inconsolées …

J’entends l’amant qui part,
J’entends pâlir l’Année,
Des fols cheveux épars,
Sa couronne fanée…

«Soleil, ô mon époux,
Toute à vous enlacée,
Le temps qui tourne en vous
Hors de vous m’a chassée !…

– Que faites-vous, ma mie ?
– Hors de vous je m’en vais.

– Où courez-vous, ma mie ?
– Me perdre au temps mauvais.

– Qui vous conduit, ma mie ?
– Le vent qui ne sait où.

– Que cherchez-vous, ma mie ?
– Un lieu sans moi ni vous.

– Qu’attendez-vous, ma mie ?…
– Votre cœur un instant
Pour y quitter ma vie,
Pour vous pleurer dedans.

Un instant sous le saule,
Le plus long, le plus court,
Au creux de votre épaule,
Pour un mourir toujours. »

(Marie Noël, Chants et Psaumes d’automne, 1947)