Aujourd’hui « Pas envie de  » – 21 septembre

Aujourd’hui « pas envie d’écrire…. » donc rediffusion de mon ancien blog (25 janvier 2013) : idée venue dimanche en lisant la ministrose de Jobougon

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Ce matin, je suis descendue tranquillement dans la cuisine un peu en retard. Les enfants, ces chers anges respectant mon sommeil,  avaient tout préparé : grille pain, flocons d’avoine, café et confiture. Mon mari finissait son deuxième thé avant de partir bosser. Ma fille faisait la tête, mais bon depuis qu’on essayait de lui faire prendre latin en cinquième l’an prochain, elle bougonnait toute la journée. Mon fils avait fait une jolie piscine de lait autour de son bol, comme tous les matins. Tout était donc parfaitement normal, la routine.  Quand soudain, la voix de mon fils s’éleva :  » M’man, j’ai plus faim alors que son bol était au trois quart plein » (le quart restant était la piscine autour du bol pour ceux qui n’ont pas suivi).

En moi même, je me suis dit aussitôt « il doit être malade, cela ne lui arrive jamais de caler sur le petit déj » mais les mots qui sortirent de ma bouche furent tout autres. Je m’entendis prononcer « Il faut manger pour vivre et non pas vivre pour manger. »

A ce moment, trois paires d’yeux me regardèrent d’une façon étrange.

– Tu parles d’une drôle de façon, M’man ! m’a dit la grande, phrase sur laquelle j’étais entièrement d’accord. Mais l’heure tournait et il fallait partir, qui au boulot, qui à l’école ou au collège.  Les sacs furent rassemblés, les chaussures mises, les manteaux enfilés. Mon fils soudain éternua. En moi même, je pensai « vite un mouchoir » , mais les mots qui sortirent de ma bouche furent tout autres. Je m’entendis prononcer « Qui se sent morveux se mouche.  »  Mon mari , me regarda d’un air furtif, inquiet, (le même air que celui qu’il avait eu lorsque  j’avais fini sa boîte de smarties, qui au passage était un remède pour je ne sais plus quelle maladie, car il faut que je vous dise, qu’en plus de souffrir d’hippotension il est aussi hippocondriaque).

Il a alors pris les choses en main. « Les enfants, je vous dépose et ensuite j’emmène votre mère chez le médecin, y’a un problème ». Je faillis répondre « je me sens très bien » mais à la place je bafouillai  : « Si fait, mon frère. Les médecins savent la plupart de fort belles humanités, savent parler en beau latin, savent nommer en grec toutes les maladies, les définir et les diviser ; mais, pour ce qui est de les guérir, c’est ce qu’ils ne savent point du tout. »

Effrayée, je me suis tue pour ne pas aggraver mon cas.

Une fois les enfants déposés, nous allâmes ensemble chez un charmant praticien barbu, qui m’accueillit d’un air grave et implacable. Malgré son air intimidant, j’avais confiance en lui car il avait su soigner mon stylo (le même qui avait fait il y a quelques mois une grave dépression mais ceci est une autre histoire.)

Il m’accueillit gentiment, me fit m’allonger et me dit doucement :       – Valentyne, je vous donne le bonjour. Quoi de neuf ? En moi même , je pensai : « ouh la la , c’est sûr il va m’en recoller pour au moins trois séances, cela va encore me coûter un bras, que dis je une jambe » mais les mots qui sortirent de ma bouche furent tout autres. Je m’entendis prononcer, d’une voix aigre :   « Donner est un mot pour qui il a tant d’aversion, qu’il ne dit jamais : ‘Je vous donne’ mais ‘Je vous prête le bon jour’.  »

Il opina, d’un air connaisseur. Il m’interrogea alors en ces termes : qu’avez vous fait hier soir, Valentyne ?  Je respirai profondément, essayant de lui cacher que j’avais passé une partie de la soirée sur le site des Impromptus Littéraires (il m’a formellement défendu d’y passer trop de temps). De guerre lasse, j’allais donc lui parler des réels de Mr Queneau et de mon conte « Le mythe du serpent à plume » qui n’avance pas, mais les mots qui s’échappèrent de  ma bouche furent tout autres.  « Les langues ont toujours du venin à répandre. »

 Il me regarda alors d’un air entendu et sourit à mon mari, qui était resté pour me soutenir.  « Je vois tout à fait ce que c’est, j’en ai vu au moins une dizaine débarquer  cette semaine : des alexandrinites, des aquoibonites, une ralebolite aussi, des malades imaginaires tous plus malades les uns que les autres. C’est la faute aux Impromptus Littéraires.

Valentyne, m’a t il dit, sérieux comme s’il allait prononcer mon oraison funèbre, vous êtes atteinte d’une maladie rare, Molière a pris possession de votre aire de Broca, enfin pour faire court, c’est une maladie mutante qui peut prendre l’aspect d’une Emilzolatite, d’un Flaubertase. Vous êtes atteinte d’une  Moliérose aigüe

– Alors j’ai poussé un grand soupir de soulagement en réussissant au prix d’un effort considérable à lâcher un « ouf, si c’est aigu c’est pas grave »

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*********************************************************************************J’espère que Molière me pardonnera les emprunts suivants

« Il faut manger pour vivre et non pas vivre pour manger.  » L’avare « ‘Donner est un mot pour qui il a tant d’aversion, qu’il ne dit jamais : ‘Je vous donne’ mais ‘Je vous prête le bon jour’.  » L’avare

« Qui se sent morveux se mouche.  » L’avare

« Les langues ont toujours du venin à répandre.  » Tartuffe

« Si fait, mon frère. Ils savent la plupart de fort belles humanités, savent parler en beau latin, savent nommer en grec toutes les maladies, les définir et les diviser ; mais, pour ce qui est de les guérir, c’est ce qu’ils ne savent point du tout. « Le malade imaginaire

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********************************************La consigne des Impromptus littéraires
Que d’excès en ce début d’année ! À force de flirter avec les extrêmes, de carence en abus, voilà que vous êtes tombés malades. Mais quelle est cette maladie, inconnue jusqu’ici de la faculté de médecine ? Bénigne, redoutable ? En tout cas, non répertoriée ! Dignes adeptes de la langue de Molière, nous comptons sur les spécialistes que vous êtes pour nous décrire par le menu les symptômes, causes, conséquences, remèdes de cette maladie imaginaire…

366 réels à prise rapide (les règles sont ici)

1. écrire sur le vif : KO

2. pas plus de 100 mots : 983 mots (mais plein d’empruntés)

3. éléments réels de la journée : KO

4. suivre la consigne de la date : OK (je n’avais pas envie d’écrire)

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16 réflexions au sujet de « Aujourd’hui « Pas envie de  » – 21 septembre »

  1. Tiens, une redécouverte, comment n’ai-je pas mis un commentaire sur celui-ci, moi, hippopocondriaque comme je suis qui ce matin se sent tout Sainte exuspérée !
    Une sainte exupérite flamboyante aiguë… Et tant mieux si c’est pas grave ! 😉
    Ce texte est une perle sans humorosité aucune. Une délicieuse goguenardite comme on n’en fait plus. Belle journée Val, bises

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