Oona et Salinger – Frédéric Beigbeder

La guerre moderne remonte vite au Moyen Âge, ils auraient du nous laisser des sabres comme aux Japonais. Cette guerre de bagarres a le mérite d’être à échelle humaine, tu connais la tête du mec que tu trucides, elle est à dix centimètres de la tienne, elle t’insulte dans la langue de Goethe :  tu ne l’oublieras jamais, surtout quand il a dix-huit ans et qu’il appelle sa « Mutti ». C’est comme une danse, allongés l’un sur l’autre, avec des cris pour se donner du courage, un combat de gladiateurs dans un cirque antique nommé poche de Cherbourg. Sur ce style de corps à corps, les Français entraînés au rugby s’en tiraient mieux que les autres. Ils avaient l’habitude d’enfoncer leurs doigts dans les orbites oculaires de l’adversaire et de leur casser les tibias ou les coudes. L’ennemi qui a affaire aux rugbymen du Sud-Ouest finit handicapé, jambes et bras inutilisables, des troncs gémissants démantibulés qu’il faut évacuer sur des civières. Du nettoyage propre, sans morts et sans gâcher une seule munition. Sauf si l’on considère qu’une grosse pierre tirée d’un muret et écrasée de toute force pour fendre en deux le crâne d’un Allemand à terre est une munition de granit.
Et deux jours après, on traversait des villages éventrés, des villes rasées par nos avions et nos chars, et les Français nous remerciaient de ne plus avoir de toits, malgré les vaches mortes dans les prés, aux yeux couverts de mouches, et l’odeur des chevaux décomposés et des cadavres gonflés.
Et on recommençait à manger de la terre. Ce n’est pas une image : dans le bocage normand, les obus de panzers soulevaient la terre, littéralement, et quand elle retombait, tu la respirais, tu la mâchais et tu avalais un steak de terre. J’ai bouffé une bonne partie de la Normandie. La France a le goût de cendres et de poussière, avec un léger fond de bouse de vache, mais surtout de silex cassé (les obus brisent les pierres et ça sent le caillou fendu, on reçoit une pluie de caillasses sur le dos, on se fait lapider !). Sauf quand il pleut : alors la France sent la boue froide, la pluie rend la guerre molle, une pluie de fer sous l’eau, et le ciel en fusion déverse sur nos dos un océan de métal. Les bombes, c’est simple : quand tu entends le sifflement, il faut plonger et attendre l’explosion. Si tu n’es pas réduit en bouillie, surtout ne pas relever la tête après le boum :  il y a les éclats qui volent pendant encore deux secondes. Je suis fatigué mais impossible de fermer l’oeil sans perdre la vie. Si tu dors, t’es mort !
La probabilité que je m’en sorte diminue chaque jour. Tu devrais miser ma date de naissance au loto : pour l’instant, je suis verni.
Ton fan, Jérôme.
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Oona et Salinger – Frédéric Beigbeder
citation

Aujourd’hui « un jeu » – 6 juin

Début ici, Episode 2, Episode 3Episode 4 , Episode 5

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Cinquième semaine : Boris le bellâtre a fait une conférence sur l’ « effet frigo » : là, vous pensez bien que j’ai dressé l’oreille mais en fait il ne parlait pas de moi mais d’une nouveauté inventée par une firme dénommée Apple (franchement un nom de pomme pour un ordinateur, vous le croyez ? ). Je cite Boris de mémoire :  » Effet FRRRigo : nom donné à la capacité développée parrr Apple pour ses orrrrdinateurrrs porrrtables consistant à fairrre en sorrrte que leur ouverrrture prrrrovoque leurrr sorrrtie instantanée du mode veille, rrrappelant en soi l’ouverrrrturrre d’un rrrréfrigérrrrrateurrr. »
En vrai, Boris, c’est un geek, il est toujours à acheter la dernière innovation, le dernier JEU à la mode. Il a acheté, par exemple, le Cookéo de chez Moulinex, où il y a juste à mettre les ingrédients à mettre dans un grand bol, verrouiller le couvercle, lancer le programmateur via le smartphone et hop une heure après le repas est prêt, sans avoir eu besoin de touiller, faire revenir, ou faire réduire les ingrédients.
Il pense faire un curry de crevettes la semaine prochaine, mais Solveig lui a fait remarquer que les crevettes, c’est niet pour elle (elle fait des progrès en russe, Solveig). Boris qui a réponse à tout lui a promis un curry de poulet pour elle et un curry de crevette pour lui ….avec le Cookeo relié à son téléphone au nom de pomme, c’est tellement simple qu’il peut faire des portions individuelles….
Du coup pour moi c’est double travail et double charge à refroidir , mais point me chaut, j’assume et garde mon sang froid…

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366 réels à prise rapide (les règles sont ici)

1. écrire sur le vif : KO

2. pas plus de 100 mots : KO (260 mots)

3. éléments réels de la journée : KO

4. suivre la consigne de la date : OK

N’oubliez pas de participer au jeu-concours avec les explications ici