Aujourd’hui « une action soignée » – 4 juin

Début ici, Episode 2, Episode 3

Troisième semaine : Solveig s’est fait pas mal de copains à la fac, fini les petites soirées tranquilles tous les trois, Solveig, son Toshiba et moi…à grignoter des sushis, à lire et à regarder des films …… j’ai moins apprécié les fins de soirée, la musique mise au maximum, les restes de pizza désséchés, les fonds de vodka, les citrons pressés qui dégoulinent le long de mes parois…..Ils sont nombreux dans cette petite chambre de bonne, trois plus ma chère Solveig, ce qui dans un 9 mètres carrés fait presque surpopulation, vous en conviendrez…l’enfer, c’est les autres…et en plus il y fait chaud….. Il y a Appolina, qui amène des accras de morue comme dans son île natale de la Martinique, Pablo l’étudiant espagnol qui apporte de la paella, et Boris, un autre étudiant qui roule les rrrr et qui a apporté une sorte de salade que les jeunes ne mangent pas mais fument …on dira ce que l’on veut mais les jeunes, je ne les comprends pas toujours. Moi, avec tous ces défilés et ces soirées arrosées, je suis un peu en surmenage… mes deux étagères n’y suffisent pas, j’en ai la clayette débordée, mon moteur a du mal à produire assez de froid . Je m’occupe de tout et cela demande une vigilance de tous les instants, conscience professionnelle oblige…

Je crois que je vais préparer une action commando ….très soignée….

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366 réels à prise rapide (les règles sont ici)

1. écrire sur le vif : KO

2. pas plus de 100 mots : KO (271 mots)

3. éléments réels de la journée : KO

4. suivre la consigne de la date : OK

N’oubliez pas de participer au jeu-concours avec les explications ici

Aurélien – Louis Aragon

jeudi-poesie
Il y a toute sorte de gris. Il y a le gris plein de rose qui est un reflet des deux Trianons. Il y a le gris bleu qui est un regret du ciel. Le gris beige couleur de la terre après la herse. Le gris du noir au blanc dont se patinent les marbres. Mais il y a un gris sale, un gris terrible, un gris jaune tirant sur le vert, un gris pareil à la poix, un enduit sans transparence, étouffant , même s’il est clair, un gris destin, un gris sans pardon, le gris qui fait le ciel terre à terre, ce gris qui est la palissade de l’hiver, la boue des nuages avant la neige, ce gris à douter des beaux jours, jamais et nulle part si désespérant qu’à Paris au dessus de ce paysage de luxe, qu’il aplatit à ses pieds, petit, petit, lui le mur vaste et vide d’un firmament implacable, un dimanche matin de décembre au dessus de l’avenue du Bois….
Ce dimanche-là, au pied de ce rideau d’Apocalypse, la mince et longue bande de l’avenue avec ses arbres dégarnis, ses pelouses sans gazon, ses blanches cavernes pour troglodytes millionnaires, emportait sur ses larges terre-pleins toute une écume frissonnante de promeneurs, et dans le vent des chevaux, le sable et le crottin de l’allée cavalière faisaient devant la statue d’Alphand, debout dans son amphithéâtre calcaire, une ponctuation de nuages aux sabots des montures, dont chacune portait une fortune ou une ruine sur son dos. Le monde habillé, on ne peut vraiment faire élégant, qui venait ici montrer ses costumes tailleurs, ses renards argentés, ses pékinois ou ses setters, devenait dense surtout au-delà de l’avenue Malakoff.
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dufy
 Jean Dufy – Chevaux et calèches au Bois de Boulogne
L’Aurélien d’Aragon aurait pu le rencontrer à Paris en 1922. Le gris de l’un répondant aux couleurs de l’autre.  Après son service militaire, Jean Dufy s’installe à Paris où il rencontre Derain, Braque, Picasso et Apollinaire accompagné de son frère Raoul Dufy.