Lointain intérieurs – Animaux fantastiques – Henri Michaux

jeudi-poesie

Allez chez Asphodèle lire les trouvailles des autres participants 😉

Aujourd’hui, j’ai choisi un extrait d’un long poème en prose d’Henri Michaux (Lointain Intérieur paru en 1938), poète, peintre et écrivain d’origine belge.

Dans le monde des animaux, tout est transformation. Pour dire la chose d’un mot, ils ne songent qu’à cela. Dites-moi, qu’y a-t-il de plus protéiforme que le cheval ?
Tantôt phoque, il vient prendre l’air entre deux cassures de la banquise, tantôt farouche et malheureux, il écrase tout comme un éléphant en rut.
Vous jetez par terre une bille, c’est un cheval. Deux billes, deux chevaux, dix billes, sept à huit chevaux au moins….quand c’est l’époque.
On en voit à grands flots sortir d’une gare, à l’improviste, agitant leur grande tête qui peut devenir si folle, si folle ; et c’est la ruée, vers la sortie, piétinant tout se qui se trouve sur leur chemin et vous-même, pauvre malade, qui pour une illusion de liberté vous étiez traîné vers la gare, vers les trains , qui, pour un peu d’argent, transportent à la mer, à la montagne.
En rentrant, vous les retrouvez semblables cette fois plutôt à des caniches collants, qui demandent toujours à être dorlotés, qui trouvent toujours une porcelaine à casser ou un nez fin de statue à opposer désastreusement à un bloc de matière plus résistant.
Et on n’ose les renvoyer à cause de l’escalier où, se changeant une fois de plus en gros percherons, ils feront, outre un bruit du tonnerre qui attirera tous les locataires, de grands dégâts en eux-mêmes et au dehors (jarrets brisés et ce qu’on ne prévoit que trop aisément!). Douze chevaux dans un escalier, le plus large y suffirait à peine, et d’ailleurs dans le cas d’escaliers plus grands, il y aurait beaucoup plus de chevaux, des escadrons de chevaux (l’imagination malade ne se trompe jamais dans ses comptes. Elle ne fait jamais trop petit, jamais, jamais).
Les naseaux en feu, l’encolure raide, et les lèvres convulsées, ils dévalent de tous côtés ; rien, absolument rien ne peut les en empêcher. Mais assez parlé des chevaux. Le spectacle est partout, et généreusement offert.

Quand la maladie, aidée des tambours de la fièvre, entreprend une grande battue dans les forêts de l’être, si riche en animaux, que n’en sort-il pas ?

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18 réflexions au sujet de « Lointain intérieurs – Animaux fantastiques – Henri Michaux »

  1. Ping : LA POÉSIE DU JEUDI AVEC Stéphane Mallarmé | Les lectures d'Asphodèle, les humeurs et l'écriture

  2. Il devait avoir plus de 40 de fièvre Henri Michaux quand il a écrit ce poème, Valentyne 🙄
    Pris d’un grand délire.
    Pourtant, ce texte est beau et puissant comme 12 chevaux dans un escalier, que dis-je, des escadrons de chevaux dévalant les marches 😉
    J’aime la force et la douceur qui caractérisent les chevaux et j’adore les Percherons !
    Et pour une fois, j’suis prem’s à commenter 😆
    Bon jeudi et gros bisous

    • Coucou Soène 🙂 il avait effectivement de la fièvre 🙂
      Hasards des lectures j’ai trouvé des percherons sur un chemin de halage hier 🙂 (enfin dans un livre pas dans l’escalier ou le métro 🙂
      Bon vendredi 🙂

  3. Soene a raison. Je crois savoir que Henri Michaux a pas mal voyagé en « paradis artificiel ». Convulsif mais non sans beauté. Bises et à bientôt pour la fin des haricots. 🙂

  4. Ping : Mangez-moi, mangez-moi… | Il était une fois des points contés…

  5. Ping : La poésie du jeudi avec Jean Cocteau | Les mots de la fin

  6. Après les champignons de Syl. et ses Conteuses, le galop halluciné d’Henri Michaux !!! 😆 C’est fébrile et barré mais très beau ! D’ailleurs tu vais déjà mis un poème de cet auteur il me semble, non ? Un amoureux des chevaux… Bises belle Jument et surveille le thermomètre hein ! 😆

    • Coucou Asphodèle 🙂
      Effectivement c’est la troisième fois qu’Henri Michaux vient au Jeudi poésie : une fois pour  » un tout petit cheval » et une fois pour le « violon girafe » : pas de chevaux dans celui la mais une girafe galopante 🙂
      Un poète découvert grâce à Gwenaelle et à Glaz numéro 2 🙂
      Tiens j’avais écrit un poème avec le début de son poème « le clown » …il faudrait que je le retrouve 🙂
      Bisessssss 🙂

  7. Ping : Aujourd’hui « Prouve que le sol remue  – 12 juillet | «La jument verte

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