Les deux ménestriers – Jean Richepin

jeudi-poesie

Allez chez Asphodèle lire les trouvailles des autres participants 😉

Aujourd’hui, une chanson interprétée par Edith Piaf avec des paroles de Jean Richepin (Soène nous présente aussi ici un poème beaucoup plus gai ;-))

Je ne connaissais pas le terme « ménétrier » , mais le synonyme  « ménestrel » oui 🙂

Une photo de Zingaro s’imposait

zingaro

Sur de noirs chevaux sans mors,
Sans selle et sans étriers,
Par le royaume des morts
Vont deux blancs ménétriers.

Ils vont un galop d’enfer,
Tout en raclant leurs crincrins
Avec des archets de fer
Ayant des cheveux pour crins.

Au fracas des durs sabots,
Au rire des violons,
Les morts sortent des tombeaux !
Hop ! Dansons ! Cabriolons !

Et les trépassés, joyeux,
Suivent par bonds essoufflant
Avec une flamme aux yeux,
Rouge dans leurs crânes blancs.

Soudain les chevaux sans mors,
Sans selle et sans étriers,
Font halte et voici qu’aux morts
Parlent les ménétriers.

Le premier dit d’une voix
Sonnant comme un tympanon :
« Voulez-vous vivre deux fois ?
Venez ! la Vie est mon nom. »

Et tous, même les plus gueux,
Qui de rien n’avaient joui,
Tous, dans un élan fougueux,
Les morts ont répondu : « Oui ! »

Alors l’autre, d’une voix
Qui soupirait comme un cor,
Leur dit : « Pour vivre deux fois
Il vous faut aimer encore.

« Aimez donc ! Enlacez-vous ;
Venez, l’Amour est mon nom. »
Mais tous, même les plus fous,
Les morts ont répondu : « Non ! »

Tous, de leurs doigts décharnés,
Montrant leurs cœurs en lambeaux,
Avec des cris de damnés,
Sont rentrés dans leurs tombeaux.

Et les blancs ménétriers
Sur leurs noirs chevaux sans mors,
Sans selle et sans étriers,
Ont laissé dormir les morts.

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