Duel au soleil

Début juin, j’ai participé à un concours de nouvelles organisé par Renault Truck : La nouvelle devait commencer par cette phrase « Je faisais du stop quand un camion s’est arrêté pour moi. À ma grande surprise, une femme tenait le volant. »

Vous pouvez aller lire les trois nouvelles gagnantes ici  (j’ai un faible pour la deuxième « la princesse au petit pois lourd ».   Bonnes lectures 🙂

Les dix nouvelles « prix spécial du jury » valent aussi le détour 😉

Sur la route Telegraph Road Double jeu / En sandalettes rougesDijon -Alep /
La mariée du mont Beuvray / Les yeux de mamie / C’est si loin Lyon / Le voyage dans le voyage / Longue est la route

Voici mon texte 😉

Duel au Soleil

Je faisais du stop quand un camion s’est arrêté pour moi. À ma grande surprise, une femme tenait le volant. Immédiatement, j’ai su que c’était mon jour de chance !

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Quand le chauffeur (dit-on chauffeuse ?) a ouvert la porte, j’ai eu un sourire jusqu’aux oreilles et j’ai été profondément remué au plus profond de mon être. Elle était magnifique, la conductrice du bahut ! Moi je suis pour l’égalité des hommes et des femmes dans le boulot, surtout dans les camions. Elle avait des dispositions pour le métier, vu les pare-chocs rutilants qu’elle arborait, la miss, fermes pas cabossés, des monts et merveilles. Elle a regardé la minuscule pancarte où j’avais griffonné ma destination au marqueur : L.A (je voulais surprendre, intriguer et susciter la sympathie pour que l’on s’arrête et un peu d’autodérision ne fait de mal à personne. Elle a souri également, je sais toujours quand les gens me trouve sympathique. La miss, je l’avais fait tilter comme une machine à sous à Las Vegas. Elle était tout rougissante et émue, dans sa tenue en soie rouge, moulante à souhait. Un maquillage léger mettait en valeur sa peau pâle de rouquine, et ses grands yeux émeraudes.;

Il faisait beau en ce mois de mai et voir cette nymphette se pencher vers moi m’a rempli d’aise. Elle m’a tendu la main pour monter dans son magnifique poids-lourd rutilant. Elle avait un adorable petit costume comme on en voit dans les revues type Moulin rouge, largement échancré à la taille, décolleté plongeant et petits rebords en fourrure, du lapin , il me semblait. Sur le pare soleil, il y avait marqué E S I U O L. Quand elle a vu mon air ébahi, elle m’a traduit « My name is LOUISE, les lettres à l’envers sur le pare brise, c’est pour être mieux vu dans le rétro, my children ». Elle avait un délicieux accent, nord américain pour le moins, peut être canadien. J’exultais comme un môme devant son premier sapin et sa débauche de boules rouges et or, le mien était un Trucks, un vrai ; un bahut comme on n’en voit qu’aux States…. rouge avec des tubes en acier chromés.

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« Je crois que j’ai mis le char avant les boeufs comme on dit » m’a dit ma bonne fée. Je m’appelle Louise et je vais rejoindre ma copine Thelma un peu plus au sud.
J’ai un peu été étonné par les prénoms de Thelma et Louise , je suis cinéphile et pas qu’un peu, mais je me suis aussi dit qu’à cheval donné on ne regarde pas les dents. Elles avaient choisi un pseudo, les miss, et si la deuxième n’arrivait qu’à la cheville de la première, ce n’était pas bien grave. D’ailleurs côté pseudo, j’avais aussi changé mon nom et inventé le mien de blaze, rapport au prénom de nase que m’avaient donné mes parents. Alors si les copines voulaient se faire appeler Thelma et Louise, je voulais bien être Brad Pitt pour un week end, quitte à montrer mes fesses.

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La miss m’a dit de la boucler et a redémarré en faisant chanter les vitesses de son monstre – mieux encore que Spielberg dans Duel… ma vie commençait enfin !!
J’ai toujours voulu partir à l’aventure. Alors hier, quand le boss m’a soufflé que ce n’était pas la peine de me pointer au taf lundi, parce qu’il fallait « réduire le personnel », que les ricains avaient dit « stop aux travailleurs temporaires ». J’avais pensé « Banco Fredo ! cela fait dix ans que tu bosses en intérim : pas assez qualifié, pas assez dans le moule …et puis aussi TROP : trop grande gueule et trop impulsif »…Donc je me suis dit « Fredo, c’est le moment où jamais : tu es libre comme l’aire (d’autoroute) » … « Pas de femme ou de mioche qui t’attendent à la maison, et plus de boulot, mets les voiles, prend la route…. ». On the road again, again….

Mon rêve de toujours, c’est la route 66 : Chicago (Illinois) à Santa Monica (Californie).

2 280 miles (3 670 km). Trois fuseaux horaires et 8 États (d’est en ouest : Illinois, Missouri, Kansas, Oklahoma, Texas, Nouveau-Mexique, Arizona, Californie).
Un rapide passage sur le net m’a fait comprendre que ce rêve était en dehors de ma bourse. Paris-Chicago : 255 euros. Paris-L.A : 355 €. Comme j’avais juste les 55 euros, je me suis dit que la route 66, je pouvais me la faire d’une façon différente et que les Pyrénées Orientales c’était pas mal comme département vu que son numéro c’est le numéro 66 (Entre le 64 Pyrénées Atlantiques et le 65 Hautes Pyrénées, j’étais fan de géo à l’école même si j’ai arrêté tôt). Je suis donc parti sur la RN à la sortie de Paris- Sud. Mon Chicago à moi c’est Chilly Mazarin …parfois je me dis que ma ville a un nom prédestiné …rapport au Chili (con carne of course). C’est donc là que j’ai levé mon pouce en direction du 66,sur le bord de la RN7 : « Argelès me voilà » ai-je crié sur l’air de « Highway to hell » de mes chers et adorés ACDC. Dans ma ford intérieure, j’ai hurlé « En route pour Las Argelès » : une ville dans ma tête à mi-chemin entre Las Vegas et Los Angeles.

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Je suis donc parti ce matin, de bonne heure et de bonne humeur. Avec tout ça, j’ai voulu voyager léger , j’ai mis ma Two seconds sur mon dos par dessus mon sac, récupéré à l’Armée du Salut. J’ai pris une douche pour inspirer confiance et mettre toutes les chances de Saint Kerouac, le patron des auto-stoppeurs de mon côté. Un breton certainement, ce Kerouac, les bretons sont les plus grands voyageurs.
J’ai mis mes papiers dans une pochette étanche dans ma chemise western. Ces papiers prouvent sans doute possible que je m’appelle Frédéric Chopin (Je hais mes parents de m’avoir donné ce prénom), que je mesure 1 mètre soixante-cinq, que j’ai 35 ans (lls ne disent pas combien il me reste de dents, en même temps leur nombre a pas mal chuté ces temps- ci). J’ai enfilé ma casquette des Bears de Chicago, dans le bon sens pour faire du stop et j’ai dit « Vogue la galère ». Ado, j’avais beaucoup d’imagination et je m’étais trouvé un pseudo d’enfer (rapport au groupe de rock que je voulais monter). Appelez moi donc Fredo la Chopine (rapport à mon gout prononcé pour la bibine justement).

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Tout ça pour dire qu’à l’instant, je me trouvais à des kilomètres de chez moi – au moins 50 – auprès d’une nana sublime. Pas causante, mais sublime. On était presque assortis au niveau casquettes, moi avec celle des Chicago Bears et elle avec une casquette rouge estampillée N.Y.
J’ai essayé d’engager la conversation sans la déranger, vu qu’elle avait les yeux rivés sur la nationale concentrée sur sa conduite et son 36 tonnes.
– C’est homologué pour rouler en France, ce mastodonte ? ai-je demandé d’un air innocent.
– Yes, my children, m’a-t-elle répondu avec à nouveau un large sourire qui découvrait ses canines ! C’est pour mieux transporter les décors d’un film et d’ailleurs le camion fait partie du film, je fais partie du film et si tu veux, tu peux faire partie de la troupe des figurants : tu as le grand méchant look !
Là, je ne me suis plus senti de joie, rapport à ma cinéphilie.
– Whaou, quel film va être tourné ? et où ?
– Ne sois pas si pressé, my children ! Nous allons traverser la forêt puis nous ferons une pause et je t’en dirais plus. Et elle m’ignora à nouveau concentrée sur l’asphalte qui défilait devant mes yeux ébahis (9 départements, 686 kilomètres à vol d’oiseau, 200 de plus par la route)
– Comme vous êtes jolie ? pourquoi une tenue si rouge, aussi rouge que votre camion ?
– C’est pour mieux être vue, my children !

Au moment où je commençais à me dire que j’avais déjà vécu ce moment, elle s’est penchée vers moi pour me tapoter le genou d’un air amical.
Il faisait beau en ce mois de mai et de voir cette nymphette se pencher vers moi fit grimper la température dans la cabine de quelques degrés. J’avais à la fois chaud et froid, les yeux me sortaient des orbites comme dans un dessin animé, ma langue pendait et me semblait énorme, elle ne tenait plus dans ma bouche ! Et là j’ai eu une illumination et une révélation, j’ai crié :
– Je vous reconnais, chère Louise, vous être le sosie du Petit Chaperon rouge de Tex Avery, « the Red hot riding Hood » in english dans le texte : la jupe rouge ultra courte, la fourrure de lapin aux hanches, votre teint de rouqine …c’est vous !

J’ai hurlé dans la cabine  » Vous êtes un personnage de Tex Avery, la vérité est ailleurs, je suis le maître du monde , Hasta la vista, Baby … »
Pour arrêter mon enthousiasme, elle a souri et a acquiescé. D’un seul geste, elle a attrapé une canette de Red Bull dans le frigo avant du bahut. Elle me l’a tendu : « T’es un peu long à la détente, my children, mais vieux motard que jamais comme dit Peter Coyote (pas Bip Bip le coyote hein ? my children!) « . D’ailleurs en parlant de motard, on est suivi par les bleus, mon gars, il va falloir que je mette le turbo….J’ai très bien entendu les sirènes d’ailleurs qui se rapprochaient.

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Ma dulcinée aux longues jambes a embrayé d’un coup sec, m’envoyant au fond de mon siège, scoctché par ma chemise collante de sueur. Elle a mis la radio à fond : Red Hot Chili Pepper, l’album où ils chantent « Californication », mon titre préféré (rapport à la Californie, ma passion comme je l’ai déjà dit). Cette fille est une bombe, je suis amoureux pour la première fois de ma vie et on va s’envoler dans les airs…le bonheur !
C’est à ce moment que j’ai entendu de très loin, comme une voix off dans un film de Woody Allen, une voix qui réussissait l’exploit de chuchoter et de m’exploser les tympans : « Une piqûre de corticoïdes, vite, 300 milligrammes, fermez les portes du camion : direction les urgences de Chilly Mazarin ! Prévenez l’hôpital que l’on a un cas d’insolation sévère avec hallucinations »….et le camion de pompiers m’a emmené, toutes sirènes hurlantes, vers mon point de départ….

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26 réflexions au sujet de « Duel au soleil »

  1. Super ton texte, tout ce que j’aime avec ces références cinéphiliiques et rock’n’rollesques. J’ai adoré, beaucoup d’humour, et pleins d’amis, Thelma et Louise, la Route 66 (c’est pas pour rien que ma rubrique fil rouge s’apelle La géo que j’aimais), Woody Allen, Tex Avery. Bravo.
    Pour Californication et les Red Hot j’e ne doute pas que c’est la Cali qui t’inspire. 🙂
    « My lil’ Riding Hood, your shoes are looking good,ooh,ooh! »

  2. Plus dur sera la chute ! 🙂 Je me demandai où tu nous emmenais….
    On dirait que chez Flash-transport, ils ont privilégié les nouvelles qui disent du bien des camions et des camionneuses, non ? (à savoir pour l’édition 2015 du concours).
    Sinon, pour les amateurs de road-trip, il y a aussi la magnifique route nationale 66 entre Bar-le-Duc et Bâle, aujourd’hui réduite à Remiremont-Mulhouse…

    • Coucou Mind , merci pour l’appréciation 🙂
      Je viens de faire un tour par chez toi ;
      « C’est une belle journée qui commence, je vais me lever » et fredonner Mylène toute la journée

  3. Je me demandais où tu voulais nous emmener.
    Je pensais bien que c’était un peu étrange et trop beau pour être vrai.
    Mais le réveil est un peu rude. 🙂

    Bravo en tout cas, tu m’as encore bluffée.
    Passe une douce journée.

  4. Ping : Jeu « Nationale 7″, les auto-stoppeurs (liens, bilan, résumé) | Restons subversifs (Na!)

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