Les clochettes – Nérée Beauchemin

jeudi-poesie

Allez chez Asphodèle lire les trouvailles des autres participants 😉

Aujourd’hui, un poème d’un québécois découvert ici chez Nadine lors d’un précédent Jeudi Poésie.

Les clochettes.

Le carillon multicolore
Des clochettes au timbre clair
Tinte, étincelle, tinte encore
Et tintinnabule dans l’air.

C’est plaisir, quand la neige crie,
D’ouïr, mêlée au bruit banal
Du vent, l’allègre sonnerie
Du joyeux solstice hivernal.

Aux heures de la promenade,
Sur les places, de trois à cinq,
De l’esplanade à l’esplanade,
Du skating rink au skating rink.

Dans la brume aux teintes de cuivre
Où par un radieux ciel bleu,
Volent avec les fleurs du givre
Les vibrantes notes de feu.

Rapides traîneaux de Norvège,
Tout capitonnés et fleuris ;
Karrioles à triple siège,
Aux ondoyantes peaux d’ours gris ;

Sleighs bleus, sleighs verts, dont l’acier lisse,
Traçant un zigzaguant sillon,
Par les chemins irisés, glisse
Dans un vaporeux tourbillon.

En double file, sur la neige,
Secouant pompons et clinquants,
Se croisent – triomphal cortège –
Aux éclats des grands fouets claquants.

Au col du poney qui trottine,
Au poitrail des grands chevaux lourds,
Clochettes à voix argentine,
Gros grelots de bronze aux sons sourds.

Tintent et vannent à merveille.
Par les soirs et par les matins,
Vibre une gamme sans pareille
De dings dings dings et de tins-tins.

Il fait un froid de Sibérie.
Nargue du froid ! Vive l’hiver !
Vive l’électrique féerie
De ses kremlins de cristal vert !

Oh ! vive la belle gelée !
Oh ! le bel Hiver, c’est pour nous
Qu’il pique à sa tempe étoilée
Les fleurs toutes rouges du houx !

Ô gais cortèges, faites place !
Du haut des neigeux Labrador,
Hiver descent ; son char de glace
File au trot du renne aux fers d’or.

Salut, roi de l’Ourse, qui passes
Parmi les étincellements
Qu’à travers le bleu des espaces
Éparpillent tes diamants.

Drapons-nous de pourpre et d’hermine !
Sonnons l’olifant et le cor !
Que toute la ville illumine !
Que la fusée éclate encor !

Que tout chante ! – Adossée à l’angle
D’un mur, une enfant aux yeux creux,
D’une voix que la bise étrangle,
Demande l’aumône aux heureux.

Devant ce haillon que flagelle
Le fouet des aquilons stridents,
Sans voir le pauvre être qui gèle
Et sanglote et claque des dents,

On passe. Le rire sonore
Des clochettes de nickel clair
Tinte, ironique, tinte encore
Et tintinnabule dans l’air.

Mais l’enfant que ce bruit harcèle
Aimerait mieux, mille fois mieux,
Ouïr tinter dans l’escarcelle
Le carillon des sous joyeux.

Hiver, que tes grelots de fête
N’attristent pas les indigents ;
Et vous, riches, faites la quête
Pour la Noël des pauvres gens.

Dans son étable qu’enténèbre
Le froid noir de la pauvreté,
Que le pauvre à son tour célèbre
La joyeuse Nativité.

Source : Nérée Beauchemin.

http://www.poesie-francaise.fr/neree-beauchemin/poeme-les-clochettes.php

Québec en septembre avec Karine et Yueyin

CHALLENGEquebecseptembre2014-2

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21 réflexions au sujet de « Les clochettes – Nérée Beauchemin »

  1. Ping : Le jeudi en poésie avec Gaston Couté et des vendanges…sensuelles ! | Les lectures d'Asphodèle, les humeurs et l'écriture

  2. Nous ne sommes même pas encore en automne que tu nous plonges dans le froid du grand Nord, j’en frissonne, claque des dents dit-donc, au son du carillon qui tinte, étincelle, tinte encore et tintinnabule dans l’air.
    Aussi joli soit ce poème, je ne me sens pas encore prête d’affronter la grande saison d’hiver 😉
    Merci Val pour le partage.
    Bises, sous un beau soleil, pourvu que ça dure.
    Domi.

  3. Ping : La poésie du jeudi avec Théodore de Banville | Les mots de la fin

  4. Sacrés Québecois qui n’hésitent pas à mettre des patinoires skating rinks et des traîneaux sleighs dans cette ode hivernale. Et puis il faut ouïr du temps present. 🙂 A très bientôt Val avec je crois Cole à New York.

  5. Ho la la Val, c’est encore l’été par ici alors que je la vois loin cette Nativité ! Mais je suis séduite par la poésie de Nérée, découvert aussi chez Nadine avec la Mer ! Profitons encore du soleil qui va bientôt faire rougir les feuilles ! Bises 🙂

  6. Hello Valentyne
    Je tintinnabule en choeur avec les autres Aminautes pour protester. S’il te plaît, ne brûle pas les étapes, on est encore en été 😉
    Les Sorcières nous ont plongés dans l’automne et ton Poète nous crie Vive l’hiver 😥 Que nenni 😆 On a le temps…
    Gros bisous

    • Bonjour Marie et Anne 🙂
      Ok je change de disque 🙂
      « Tu sais, je n’ai jamais été aussi heureux que ce matin-là
      Nous marchions sur une plage un peu comme celle-ci
      C’était l’automne, un automne où il faisait beau
      Une saison qui n’existe que dans le Nord de l’Amérique
      Là-bas on l’appelle l’été indien
      Mais c’était tout simplement le nôtre
      Avec ta robe longue tu ressemblais
      A une aquarelle de Marie Laurencin
      Et je me souviens, je me souviens très bien
      De ce que je t’ai dit ce matin-là
      Il y a un an, y a un siècle, y a une éternité… »
      Bisesssss

  7. Oh Valentyne! Tu as aimé Nérée Beauchemin? C’est un plaisir de le lire 🙂 Tu me fais là une belle fleur…
    À l’image de ce magnifique poème que tu présentes,faisait près de zéro ce matin au réveil 😦 Brrrrrrr Il faudra bientôt sortir le Kanuk! mdr
    Bisous et bonne journée

    • Brrrrr… Il fait froid par chez toi 🙂
      Je ne connaissais pas ce mot Kanuk mais g**gl* m’a renseignée 🙂
      J’ai bien aimé dénicher ce poème et d’autres de ce poète sur le net 🙂
      Bises Nadine:-)

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