Caprice blanc – Emile Nelligan

Allez chez Asphodèle lire les trouvailles des autres participants 😉

 jeudi-poesie

Caprice blanc

L’hiver, de son pinceau givré, barbouille aux vitres
Des pastels de jardins de roses en glaçons.
Le froid pique de vif et relègue aux maisons
Milady, canaris et les jockos bélîtres (*).

Mais la petite Miss en berline s’en va,
Dans son vitchoura(**) blanc, une ombre de fourrures,
Bravant l’intempérie et les âcres froidures,
Et plus d’un, à la voir cheminer, la rêva.

Ses deux chevaux sont blancs et sa voiture aussi,
Menés de front par un cockney, flegme sur siège.
Leurs sabots font des trous ronds et creux dans la neige ;
Tout le ciel s’enfarine en un soir obscurci.

Elle a passé, tournant sa prunelle câline
Vers moi. Pour compléter alors l’immaculé
De ce décor en blanc, bouquet dissimulé,
Je lui jetai mon coeur au fond de sa berline.

 

Poète découvert chez Eeguab (merci aux jeudis Poésie)

 

* Jocko :  orangs-outans

Belître : Homme de rien, coquin, vaurien.

** vitchoura : Vêtement garni de fourrure, que l’on mettait par-dessus ses habits pour se garantir du froid extérieur, et que l’on quittait dans l’appartement

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22 réflexions au sujet de « Caprice blanc – Emile Nelligan »

  1. Émile Nelligan est mon poète favori, non seulement parce que je suis québécoise, mais aussi et surtout parce que ses vers me parlent d’un pays à travers lequel je vis et je vibre. Ces longs hivers d’une douce blancheur, ce froid mordant qui caresse à la fois la peau autant qu’il la violente. Ces images qui s’opposent et s’épousent à la fois. Une période riche avant son internement, qui s’inscrit dans le froid glacial de sa mélancolie. Peut-être autobiographique comme le « Vaisseau d’or » et comme il en avait souvent l’habitude dans ses vers. « Tout le ciel s’enfarine », quelle image… Un grand poème! Comme je suis heureuse de le lire Valentyne. Bonne journée 🙂

    • Coucou Nadine,
      Ravie que ce poème t’aie enthousiasmée 🙂
      Et ce matin je fredonne un québécois mis à l’honneur chez toi Gilles Vigneault : « mon pays ce n’est pas un pays c’est l’hiver » …:-)

  2. Ping : LA POÉSIE DU JEUDI avec Jean-Yves Masson | Les lectures d'Asphodèle, les humeurs et l'écriture

  3. Superbe texte du poète québecois que j’ai découvert très très récemment grâce à la sagace idée bimensuelle d’Aspho. Il ne manque même pas les chevaux forcément mais j’apprécie notamment « cockney, flegme sur siège ». Bien trouvé Val et à bientôt.

    • Le « cockney »m’a apparu un peu décalé mais n’étant pas Québécoise je ne sais pas trop qu’en penser …alors si Nadine repasse par là peut être nous dira t elle ….
      Bises Edualc 🙂

  4. Un très beau choix Val, on peut suivre Edualc les yeux fermés en ce domaine, il est toujours de bon conseil ! J’ai aimé ces jeux de l’amour… ne manquait plus que le mouchoir de dentelle tombant sur le marchepied de la berline !!! 😆

  5. Ping : La poésie du jeudi avec Alain Serres | Les mots de la fin

  6. Je comprends que ce poème t’ait parlé puisqu’on y parle de chevaux!!! Perso moi il m’a parlé aussi puisque j’ai une 2cv hihi!!!
    Merci Valentyne pour ce partage!!!
    Bisous.
    Domi.

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