Caprice blanc – Emile Nelligan

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 jeudi-poesie

Caprice blanc

L’hiver, de son pinceau givré, barbouille aux vitres
Des pastels de jardins de roses en glaçons.
Le froid pique de vif et relègue aux maisons
Milady, canaris et les jockos bélîtres (*).

Mais la petite Miss en berline s’en va,
Dans son vitchoura(**) blanc, une ombre de fourrures,
Bravant l’intempérie et les âcres froidures,
Et plus d’un, à la voir cheminer, la rêva.

Ses deux chevaux sont blancs et sa voiture aussi,
Menés de front par un cockney, flegme sur siège.
Leurs sabots font des trous ronds et creux dans la neige ;
Tout le ciel s’enfarine en un soir obscurci.

Elle a passé, tournant sa prunelle câline
Vers moi. Pour compléter alors l’immaculé
De ce décor en blanc, bouquet dissimulé,
Je lui jetai mon coeur au fond de sa berline.

 

Poète découvert chez Eeguab (merci aux jeudis Poésie)

 

* Jocko :  orangs-outans

Belître : Homme de rien, coquin, vaurien.

** vitchoura : Vêtement garni de fourrure, que l’on mettait par-dessus ses habits pour se garantir du froid extérieur, et que l’on quittait dans l’appartement