Que s’est il passé ?

maison abandonnée

Date: Fri, 25 Apr 2014 09:01:29 +0200
Subject: Reviens, s’il te plait !
From: jules@ghostmail.com
To: octavia@ghostmail.com

Chère Octavia,

J’ai eu ton adresse mail par Oscar de Canterville. Cette confrérie a du bon pour renouer les liens. J’espère que tu ne m’en voudras pas de t’écrire après tout le mal que je t’ai fait. Tu peux bien sûr mettre ce mail directement à la poubelle. Je ne me cherche pas d’excuse même si j’ai mis plus de trente ans à t’écrire : le temps de la réflexion….. Ne me méprise pas ….Ici les jours passent doucement et les regrets mettent du temps à remonter à la surface. Tu me hantes…. J’habite toujours dans notre petit nid d’amour comme tu l’avais surnommé. Plus de pensées au balcon, les volets n’ont pas été repeints depuis trente ans. La peinture jaune canari que tu aimais tant, mariée au bleu lavande est devenue un gris terne sur gris souris. Le vent s’engouffre dans les tuiles du toit, chantant la lente mélopée de notre amour enfui. Le mur central de notre cuisine, ouverte sur le séjour, a vécu lui aussi. Pilier de notre foyer, il n’est plus aujourd’hui que le souvenir du soutien qu’il fut jadis, solide et central, indestructible.

Je n’ai touché à rien dans notre si coquette maison, plus envie !! Avec toi toute joie de vivre s’est envolée. Je ne suis plus que l’ombre de moi–même : toi seule peut me redonner vie. S’il te plait , lis ce message jusqu’au bout. Je viens déposer mon âme à tes pieds, en toute humilité. L’homme qui te disait « je n’aime pas la tiédeur des sentiments » n’est plus, je voudrais reprendre une relation avec toi, sereine et apaisée.

Après ce que tu sais, je suis resté dans les murs, à errer comme une âme en peine, à me demander pourquoi j’ai réagi ainsi. Pourtant mon métier de journaliste m’avait montré jusqu’où la folie peut conduire les hommes. J’étais le responsable de la rubrique « faits divers » alors des crises de jalousie, des empoissonnements, des scènes de ménage sordides, des repas de famille qui tournent au pugilat, des adultères sanglants, j’en avais eu ma part. J’ai traîné plus que quiconque dans les morgues de tout le département, j’ai vu les ravages de la passion. Jamais je n’aurais imaginé me trouver de l’autre côté de la barrière.

Comment ai-je pu voir rouge le jour je suis rentré 24 heures plus tôt que prévu ? Je me rappelle le silence de la maison endormie et vos deux souffles, endormis eux aussi. Vous voir, nus dans notre lit où j’avais connu la félicité la plus grande, m’a porté un choc. Je me demande encore aujourd’hui ce qui m’a fait basculé : ta tête pâle sur son épaule, tes cheveux en cascade sur son torse ; ou alors vos pieds entremêlés qui dépassent de ce drap qui deviendrait ton linceul.

J’ai eu du temps pour faire l’autopsie de mes sentiments pour toi : j’ai tout examiné au scalpel, découpant la couche superficielle de nos jeunes années, puis cisaillant dans l’illusion de ne t’avoir que pour moi. Je pense être arrivé à la conclusion que j’étais malade, fou en quelque sorte, je me revois te déclamant des vers passionnés, et toi un peu distante, déjà.

Mais passons, je voulais de dire que tout est oublié, j’ai mis mon orgueil dans ma poche et que je souhaiterais que tu reviennes. Il y a trente ans, ton amant a pris le large, fuyant la confrontation, t’abandonnant à ma colère. Quand il est revenu avec la gendarmerie, une heure plus tard, nous étions unis pour l’éternité. Toi, et ton sang vermeille, se répandant sur le drap et moi, une minuscule pointe rouge sur la tempe. La postérité ne saura pas combien je t’ai aimé, j’ai du avoir droit à trois lignes dans la feuille de choux locale (ils avaient perdu leur meilleur chroniqueur).

Donne moi une réponse, positive ou négative, mais donne moi un signe de toi, je t’embrasse et t’attends dans notre petit nid d’amour, qui sera le lieu de notre ré-union.

Ton Jules qui t’aime

PS : Mon frère est mort cette semaine. Trente ans ! j’aurais mis trente ans à le rendre fou, il me maudissait, le poing levé et arrogant, vers cette maison qu’il ne pouvait vendre, vu le drame qui avait eu lieu. Je l’ai vu mourir lentement, empoisonné . Si tu le vois, dis lui que je lui ai pardonné. A mon frère, ton amant.

DESIR HISTOIRE

Les mots collectés par Olivia

soutien – famille – convivial – repas – réunion – confrérie – confrontation – humilité – arrogance – mépriser – morgue – autopsie – trouver – réponse

Je n’ai pas mis : convivial – et j’ai détourné réunion

Et la deuxième consigne d’Olivia : Soit vous prenez tous les mots, soit vous n’en sélectionnez que cinq et vous ajoutez la consigne suivante : un des personnages doit dire « je n’aime pas la tiédeur des sentiments ».

et la consigne de Gwenaelle : 

Pour l’atelier d’aujourd’hui, j’avais envie d’utiliser cette photo envoyée par Sabine, du blog Le petit carré jaune.

Regardez-la bien cette maison, abandonnée, la porte irrémédiablement close et la fenêtre presque condamnée. A votre avis, que s’est-il passé dans ce lieu pour que toute âme humaine le quitte et le laisse ainsi, à l’abandon?
Imaginez que vous êtes journaliste. Vous avez enquêté sur le drame et vous êtes en mesure aujourd’hui de nous révéler le fin mot de l’histoire. Vous avez une semaine et 800 mots pour le faire. Rendez-vous ici le 20 avril pour comprendre ce qui s’est passé.

(20 avril, j’suis en retard!!)

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26 réflexions au sujet de « Que s’est il passé ? »

  1. Ping : Extrait | Olivia Billington

  2. Sublime ton texte ! 😀 J’adore ! 😀 Un amour posthume très original. 😀
    Il faudra que l’on se fasse un mail posthume, d’ici une centaine d’années, c’est une très bonne idée ! 😆
    Bises 😀

    • je suis contente si la surprise est au rendez vous 😉
      Il me semble être allée lire tous les participants , tu as écrit un texte Marie ou sous un autre pseudo , peut être ?

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