Les belles choses que porte le ciel – Dinaw Mengestu

les belles choses que portent le ciel

Incipit : A huit heures, Joseph et Kenneth entrent dans l’épicerie, ils viennent presque tous les jeudis. C’est devenu une sorte d’habitude pour nous trois, sans que l’un de nous ne l’ait jamais reconnue comme telle. Il arrive que seul l’un des deux vienne. Ou ni l’un ni l’autre.. On ne se pose alors aucune question, car on ne se sent pas d’obligation. Il y a dix sept ans, nous étions tous trois de nouveaux immigrants employés comme bagagistes au Capitol Hotel. D’après la plaque apposée à l’entrée principale, l’hôtel avait été conçu pour ressembler au palais des Médicis en Italie. Le weekend, les touristes se rassemblaient sur le toit pour contempler les tireurs d’élite perchés sur les toits de la Maison-Blanche. C’est dans cet hôtel que Kenneth était devenu Ken le kenyan et Joseph, Joe du Congo. J’étais alors plus maigre que je le suis maintenant et, comme le disait toujours notre patron, je n’avais pas besoin d’aucun surnom pour lui rappeler que j’étais éthiopien.

Cela fait une quinzaine d’années que Stephanos, le narrateur, vit aux Etats Unis, à Washington. Il a émigré de son Ethiopie natale, jeune homme, dans des circonstances dramatiques que l’on apprend au fil de l’eau.
Stephanos habite dans un quartier pauvre qui se dégrade sans cesse et sa petite épicerie vivote et périclite peu à peu, au fur et à mesure que les familles sont expulsées. Une jeune femme (riche et blanche), Judith, vient s’installer dans la maison près de son épicerie. Elle a une petite fille, Naomi, (la jeune métisse sur la couverture), qui se prend d’amitié pour Stéphanos.
Un livre assez lent où la part à la réflexion intérieure de Stéphanos a une grande place. J’ai aimé le suivre dans sa rencontre ses amis immigrés comme lui (qui ont l’air de s’intégrer un peu mieux), avec Judith, avec Naomi aussi, une petite fille très mûre pour son âge. Après l’école, ils lisent ensemble « les frères Karamazov » dans la calme de la boutique peu fréquentée… .
En conclusion : Un livre poignant sur l’exil, la place de chacun, l’impossible adaptation à un pays quand on n’arrive pas à faire le deuil de son pays d’origine, l’impossible (?) retour …, l’impossible amour….la culpabilité du survivant….la culpabilité tout court…..

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Un extrait qui explique le titre qui est un vers de « l’enfer » de Dante.

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Par un pertuis rond je vis apparaître
Les belles choses que porte le ciel
Lorsqu’il est ivre, il aime à dire que ce sont là les vers les plus parfaits jamais écrits. « Réfléchissez un peu, dit-il alors Dante sort enfin de l’enfer, et voilà ce qu’il voit, les belles choses que porte le ciel ». C’est parfait, je vous le dis. Tous simplement parfait. J’ai dit à mon professeur que personne ne peut mieux comprendre ce vers qu’un Africain parce que c’est ce que nous avons vécu. L’enfer quotidien, avec seulement quelque aperçus du ciel par moments. »
Cela dit, il était difficile de trouver quelque chose dans la vie de Joseph, qui ne devienne pas une métaphore de l’Afrique. Des vers de poètes célèbres à l’inclinaison des rayons du soleil par un après-midi de printemps, il voyait partout où il allait des réminiscences de ce continent. Kenneth détestait ça.
« Si ça te manque tellement, lui hurla-t-il un jour, pourquoi tu n’y retournes pas? Comme ça t’auras plus besoin de dire sans arrêt, « C’est comme l’Afrique », et « On dirait l’Afrique ». Mais tu veux pas y retourner. Tu préfères que ça te manque confortablement ici plutôt que la détester chaque jour sur place. »

Livre lu dans la cadre du challenge mois américain organisé par Noctenbule

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et le challenge « à tout prix » d’Asphodèle pour le prix du Premier Roman étranger 2007.

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