Quelques pas dans les pas d’un ange – David McNeil

Alors, il a préparé des fusains, les tenant dans son poing comme un petit bouquet, il s’est assis dans un large fauteuil en paille et a regardé longuement la tache bleue en plissant les yeux et se pinçant les lèvres comme il le faisait souvent quand il se concentrait. Picasso disait, peut être avec humour : « Je ne cherche pas, je trouve »
« Moi j’attends », répondait mon père très faux-modestement. Je l’ai souvent vu qui fixait une toile blanche, un carton, une feuille vierge, il prenait un de ces fusains et le cassait en deux, le tenant dans la main, parallèle à son pouce. Alors il commençait. Et tout allait très vite. Remontant le charbon à mesure qu’il s’usait en le faisant glisser avec les autres doigts, il traçait des lignes droites, brisaient des arrondis, carrés, losanges, ovales, y trouvait une structure, des appuis, de cette fausse incohérence naissait une harmonie, un clown apparaissait, un jongleur, un cheval, un oncle violoniste, les spectateurs criaient et les jongleurs jonglaient, les ronds devenaient des balles, les cercles des cerceaux, par l’enchantement des seuls traits de fusain un cirque tout entier s’était mis à vivre. Alors à reculons il allait se rasseoir, épuisé sur son fauteuil de paille, les bras ballants comme un boxeur à la fin d’un round.

Quelques pas dans les pas d’un ange – David McNeil

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Sur une idée de Chiffonnette

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