Retrouvailles

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Avec Ariel nous nous sommes retrouvés grâce à Jeff ….en 1988. Pour notre plus grand bonheur à tous les trois !
C’est peut être facile de nos jours de se retrouver avec Facebook, Copains d’Avant et tutti-quanti  mais en 1988 ce n’était pas coton, il fallait une sacré volonté pour retrouver ses copains de bac à sable.
Avec Ariel et Jeff, nous étions sur les mêmes bancs à l’école primaire (Jeff était au milieu de nous). Nous étions ces seuls vrais amis ! On peut même dire qu’il nous a créés.
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En 1965 en Pennsylvanie pour vous resituer, nous étions inséparables tous les trois. Ce que nous en avons fait voir à nos profs quand même, un jour on était partis à la cueillette des champignons dans le parc voisin, pendant la pause de midi. A notre retour, nous avons vu les adultes, prêts à appeler la police, ils nous regardaient d’un air halluciné en se demandant où Jeff trouvait toutes ses idées.
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Puis Jeff avait grandi et il nous a perdu de vu;
Je ne suis peut être pas très clair car là je suis encore tout émoustillé d’avoir enfin pu resserrer Ariel dans mes bras (vous pensez ! nous retrouver ainsi dans la trentaine après tous ce que nous avions vécu quand nous avions dix ans)
Ariel est la plus belle, blonde, des cheveux vaporeux, la taille fine, le postérieur juste comme il faut. Un rien l’habille, elle enfile un drap ou un sac de pomme de terre et tout de suite elle a l’air d’une princesse. En 20 ans elle n’a pas pris une ride.
Moi non plus d’ailleurs, Jeff un peu mais vous comprenez avec la vie d’artiste qu’il mène, cela l’a pas mal affecté . De mon côté, je suis resté célibataire et Ariel a vécu une histoire compliquée avec un beau jeune homme qui l’a bien fait marcher. Mais je m’égare, je voulais vous parler de nos retrouvailles en 1988!
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Jeff nous a invité tous les deux chez lui. Il avait trouvé mon adresse et mon numéro de téléphone grâce à la Poste (je vous rappelle qu’il n’y avait pas eu la révolution Internet en 1988). J’habitais à Paris où j’enchaînais les films et les dessins animés et Ariel habitait à Hollywood : son film avec elle en rôle principal allait bientôt sortir. On était tous les deux overbookés pour de longs mois (malgré ce que l’on dit notre travail n’est pas très saisonnier) mais on sentait que Jeff était à un tournant de sa vie côté sentiments et on ne refuse pas de l’aide à un ami : on a donc pris le premier avion pour le rejoindre.
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Il avait l’air si déprimé au téléphone, Jeff, qu’on on a rappliqué tout les deux en lui chantonnant « mais non Jeff t’es pas tout seul »
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Il était tout content, Jeff, quand on a toqué à sa porte, même s’il avait l’air d’avoir fait une chute de son lit, tout ébouriffé et pas rasé. Un artiste, il vit en décalé !
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Nous, on était tout émus, la gorge nouée (elle a une très belle gorge Ariel); on s’est embrassés, tous les trois, puis lui et Ariel et enfin Ariel et moi. Je ne sais pas pourquoi mais j’ai dû un peu trop la serrer car elle m’a dit « Pink : Bas les pattes »
Donc, un quart d’heure plus tard, nous étions tous les trois dans son salon et nous racontions des histoires de nos dix ans en nous tapant dans le dos. (Elle a la peau douce Ariel et elle sait me caresser dans le sens du poil). En 1965, nous chantions tous les trois les Rolling stones « I can’t get no  satisfaction » et aussi « This Diamond Ring » de Gary Lewis  and The Playboys. Puis nos souvenirs ont migré des Etats Unis à la France et on a chanté en choeur quelques tubes français, toujours des titres des sixties, en se relatant ses souvenirs où Jeff n’avait que nous pour amis.
Il a fredonné une chanson en français  en dansant avec Ariel « Mes mains sur tes hanches » d’un certain Adamo , je ne sais pas si vous le connaissez, en mettant bien mes mains sur les hanches d’Ariel. Je dois dire que j’étais un peu jaloux : on a beau être potes depuis des décennies quand même y’a des limites !
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Moi côté chanson Française c’est Piaf et sa vie en rose mais j’ai toujours eu des goûts très différents de Jeff. Je lui dit « mon amie la rose » de Françoise Hardy et lui me rétorque Guns & Roses.En vingt ans donc, nous n’avions pas changé ou si peu, mais j’ai qu’en même eu le cœur qui s’est accéléré quand Ariel m’a serré contre  son soutien-gorge-coquillages, elle m’a un peu heurté et j’ai beau être asexué cela m’a fait tout bizarre, un peu comme un afflux de flashback au niveau de la couleur et un parfum de madeleine dans le museau, j’en ai eu les larmes aux yeux, je me suis pris tous les sentiments de mon enfance comme un boomerang, en plus fort.
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Jeff a dit qu’il allait « immortaliser » nos retrouvailles, c’est l’expression qu’il a employée : maintenant nous sommes immortels !  Je me demande si je pourrais un jour resserrer Ariel dans mes bras. Il a promis de nous inviter à l’inauguration de sa prochaine exposition.
PINK JEFF
Jeff Koons – Pink Panthers – 1988
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Ce petit texte a été écrit dans le cadre du concours orgnisé par Douceur Littéraire . Le thème est « Retrouvailles » . Vous pouvez participer jusqu’au 24 décembre  ; -)
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Les mots collectés par Olivia
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