Hélène Grémillon – Le confident

Moustique, c’était le type au sourire grivois. Le jour où j’avais commencé mon travail à la poste, il m’avait proposé une chambre, son meilleur ami qui la louait avait été fait prisonnier, il voulait bien l’attendre, mais il avait besoin d’argent. Je n’aurais qu’à partir le jour où il reviendrait. Mais ces  trois années étaient passées sans qu’il revienne et sans que ni Moustique, ni moi ne trouvions à redire à la situation. Il était bordélique, moi maniaque. Au lieu de nous disputer, je rangeais son désordre et lui en mettait un peu dans ma vie, j’étais trop timoré pour le faire moi-même. C’est toujours par lui que j’ai rencontré mes petites amies. C’était comme si on n’habitait pas la même ville, moi je ne voyais pas les jolies filles, lui on aurait dit qu’il les créait. La moindre de ses conquêtes était charmante, et pour ma plus grand chance, avaient des amies qui l’étaient tout autant. Il y a des gens qui sont doués pour ça , pour dégoter la beauté partout où ils sont. Quand je lui demandais où ils les rencontraient, il me répondait toujours, « sous le sabot d’un cheval ». Depuis la mort de la mère d’Annie, j’avais du mal à supporter cette expression mais j’avais beau lui dire, il oubliait toujours. Il n’était pas méchant, Moustique il était comme ça.

– Tu vois, sous les sabots des chevaux, on en trouve beaucoup mais pas des comme elle. Je comprends maintenant pourquoi les miennes tu ne les voyais pas.

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Hélène Grémillon – Le confident

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Sur une idée de Chiffonnette

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