Lettre d’une citadine à son cousin de la campagne‏

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Cher Jerry,

Je prends la plume pour te remercier de ta charmante invitation à venir passer quelques jours dans ta maison de campagne à Saint Nom la Bretèche.

Je ne sais pas encore quand je pourrais venir : tu sais que j’ai des obligations dans ma jolie ville de Courbevoie. Je viens d’emménager dans mon nouveau chez moi, car ma « maison » précédente a été inondée, j’ai du m’activer pour tout réinstaller. Maintenant je suis juste en face de la gare avec vue sur les trains.

 Je suis donc dans le quartier de Courbevoie que l’on peut appeler « ancien » , enfin ancien tout est relatif mais ancien par rapport à toutes les tours de la Défense qui ont poussé comme des champignons depuis 30 ans. La prochaine tour fera 333 mètres, tu te rends compte ?

 Enfin là où j’habite, le quartier est resté calme et l’esprit village règne encore. Voilà le déroulement de mes journées : 

 A l’aube, je vois les sportifs débarquer, tu sais, ceux qui se lèvent tôt  pour aller courir en début de matinée avant d’aller bosser. Je m’en méfie de  ceux là car ils me voient à peine, tellement je suis menue. Ils me marcheraient bien dessus, si je n’y prenais garde.

A l’angle de la rue Guynemer et de la rue de Bezons, je salue tous les matins ce monsieur qui passe la nuit dehors, lui aussi avec son chien aux beaux yeux langoureux. Il me fait peine surtout pendant les longs mois de cet hiver. En comparaison ma situation, si elle n’est pas florissante, est  presque un luxe. Je me suis aménagée un petit abri avec de vieux cartons  et de vieux journaux comme cela j’ai de la lecture dans mon petit coin de paradis. Avec les poubelles de la boulangerie en face (ah la volupté des petits croissants rassis trempé dans du café tiède) et du traiteur chinois, je suis la plus heureuse du quartier : la seule contrainte est de ne pas se faire prendre par les employés de la municipalité. J’ai appris toujours dans ces petits journaux qu’il y avait de plus en plus de SDF en ville : quelle tristesse !!! 

Ensuite, je vois défiler les travailleurs et les travailleuses qui vont de l’ouest vers Paris. Un peu plus tard les mères de familles avec leurs nombreuses poussettes défilent. C’est le meilleur moment de la journée, car ces tendres petits me voient souvent dans leurs  poussettes, ils  tendent alors leurs menottes en souriant de toutes leurs quenottes.

Tu me connais les quenottes c’est mon ancien métier  et je l’adorais ce métier : j’ai du arrêter car  j’étais un peu âgée mais les enfants je les aime toujours autant, et ils me le rendent bien.

Enfin je vieillis, mes dents sont moins jolies maintenant et j’ai même de la moustache.

 Le soir la transhumance des travailleurs se fait dans l’autre sens : les banlieusards retournent dans leurs pénates et le calme s’installe sur Courbevoie. Le soleil meurt jusqu’au lendemain et j’en profite pour sortir

 La dernière fois que je suis venue te voir, je suis montée fissa dans le train (direct Courbevoie Saint Nom) et là une mère avec son enfant est descendue aussitôt, l’air outré et dégoûtée en me regardant. C’est franchement vexant : je sais que ma robe est vieille et toute grise et ne paie pas de mine  mais ma deuxième robe (tu sais la verte que je mets pour courir dans l’herbe) n’était pas propre.

Je te laisse, il faut aussi que j’écrive à notre cousine commune Minnie qui habite maintenant à Marne la Vallée. La famille s’est toute dispersée maintenant mais rien n’est éternel. Le temps est à la vie urbaine : donc je m’adapte !! J’espère te retrouver pour Noël chez La Souris Rose. Le train qui mène à Convoitise est celui de la rue 10  ¼ , surtout ne te trompe pas le quai 9 ¾ t’emmènerai à Poudlard, chez le rat Croûtard, et le 6 2/3 chez le rat Tatouille  

Je t’embrasse, passe le bonjour à Tom

 Cheese, la souris grise

 

Les mots collectés par Olivia

éternel – paradis – mourir – début – aube – lever – s’activer – volupté – tiède – langoureux

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