Papa was not a rolling stone – Sylvie Ohayon

PAPAWASNOTEn sortant de la bibliothèque, la semaine dernière j’étais un peu déçue que le livre que j’avais envie de lire ne soit pas disponible (Il s’agissait de Dark Horse de Craig Johnson, que j’avais envie de lire depuis longtemps et qui rentrait parfaitement dans le cadre du challenge de Philippe). Puis, en faisant les courses dans mon magasin alimentaire préféré, je suis tombé sur ce livre. Un coup d’œil à la quatrième m’a convaincu et je dois dire que je n’ai pas été déçue.

La 4ème : Lili n’est pas d’une nature à baisser les bras. Elle a une certitude chevillée au corps : «Il faut dépasser ses malheurs en klaxonnant bien fort, garder ses cheveux au vent et continuer à offrir son beau visage au soleil.» Pourtant, les obstacles, Lili les accumule. Banlieusarde juive et kabyle, née de père inconnu, elle va trouver la force de s’en sortir, même si elle vient du mauvais côté du périphérique.

Mes impressions : Sylvie Ohayon, dans ce premier roman, livre un hommage à sa famille, Moïse son grand père, Margot sa grand-mère, Micheline sa mère, tous nés en Tunisie. Elle raconte…. elle raconte son enfance d’enfant non désirée. Née sous X, elle a failli être abandonnée et adoptée. Sa mère, trop jeune et trop naïve, se retrouve enceinte à 17 ans, d’un jeune homme kabyle. Le grand père veut faire adopter l’enfant, qui lui rappelle trop la honte de sa fille et de son propre déshonneur. Heureusement la grand-mère veille et convainc le grand père de récupérer l’enfant. Sylvie Ohayon nous raconte ensuite son enfance dans la cité des 4000, son beau-père qui la bat ; sa mère, amoindrie par un séjour en hôpital psychiatrique, a perdu tous ses repères et n’intervient pas.

Elle raconte aussi ses joies dans une famille nombreuse et exubérante, ses amis de la cité, ses professeurs (d’école mais aussi de danse ….) et les épreuves également : suicide de sa tante, démission de sa mère.

Loin d’être larmoyant, ce livre nous dit que c’est possible, possible de grandir et de s’épanouir dans un environnement difficile et très pauvre. Car si les conditions matérielles et quotidiennes de Sylvie sont difficiles, elle grandit entourée de l’amour de ses grand parents (et à sa manière de l’amour de sa mère). L’école et la solidarité sauvera Sylvie, la petite fille sans père. Elle trouve des moyens de s’en sortir en lisant Dino Buzzati, Flaubert,  Albert Cohen, Hugo,  en écoutant Jean Jacques Goldman, Léo Ferré et bien d’autres.

En conclusion, ce qui m’a le plus touché sont les souvenirs de Sylvie, ses souvenirs d’école, d’amis, études, premiers boulots,  de livres aussi et de musique.  Un mélange de réflexions intéressantes sur la vie avec un ton qui alterne avec une gouaille toute banlieusarde, un discours que l’on entend dans le milieu de la pub et de solides références littéraires. Pour moi, une grande réussite, je me suis immergée dans ce bouquin pendant deux jours

Un petit extrait : Sylvie a obtenu une bourse pour poursuivre des études de français à Paris. Son professeur Mr Fourrat lui a offert un livre. En rentrant chez elle, à la cité des 4000 elle croise Lahlou :

Je suis arrivée à la cité et Lahlou était là, sur le banc. Il avait découvert la colle à rustine en CM2 et depuis il ne décollait pas. Enfin, si ….il était toujours perché quoi. Il m’a dit :

 » T’étais encore chez les rupins?

– Bah oui, où voulais tu que je sois?

– Chais pas moi, chez ta grand-mère…pourquoi tu passes plus la voir? Je la vois souvent, toute seule sur un banc en bas aux 4 Keusses (c’était le petit nom des 4000, même les horreurs ont leur Nick Name). Elle s’ennuie toute la journée….tu pourrais passer la voir quand même, ça se fait ape (« pas » en verlan, qui était toujours usité à cette époque), Sylvie, la vérité.

– J’ai pas de leçon à recevoir d’un toxico, Lahlou….

– T’as changé Sylvie, c’est pas bien, t’essaies de faire la meuf style t’es rangée et tout ça mais ça se voit trop sur ta gueule que t’es pas de chez eux, lâche l’affaire, reviens, on va traîner aux Halles comme avant, on va ril-go grave, allez…

Et il partait dans un éclat de rire qui ressemblait au chant du cygne juste avant le dénouement de sa vie, une dernière flèche lancée en l’air comme une bouteille à la mer dans laquelle on aurait glissé ses plus beaux arguments. Ce rire, il était adressé à Dieu, ce cri comme un chant joyeux désespérément pathétique, c’était les derniers mots, les paroles des autres à leur dernières minutes là-bas, nus sous la douche, avant le gaz et ces mots c’étaient « Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? « 

Et moi je suis montée en larmes à force de ne plus savoir qui j’étais et c’est là que j’ai ouvert le livre qui devait changer ma vie pour toujours. J’ai pris le livre que Mr Fourrat m’avait tendu comme on tend sa main à quelqu’un tombé à l’eau pour le sauver de la noyade., j’ai ouvert le livre de Sylvia Plath qui s’appelle « La cloche de détresse » et j’ai compris pourquoi j’avais du mal à respirer, pourquoi je ne ressentais plus  les choses, les gens. J’étais dans un bain d’eau tiède mais cette eau ne mouillait pas, le soleil ne chauffait pas ma peau. Je n’avais qu’une colère diffuse en moi que je ne m’expliquais pas, j’avais cessé d’aimer les autres, de chercher chez eux la bonne facette comme mes grands-parents m’avaient appris à la faire. Je ne parlais plus, ne sortais plus, j’étais sous la cloche de verre, des envies de mort subite qui volaient autour de moi comme des mouches à merde bruyantes et ça bourdonnait tout le temps dans ma tête ses idées suicidaires. « 

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Challenge Lire sous la contrainte de Philippe, la contrainte étant que le titre devait avoir au moins un mot qui ne soit pas en français.

challenge-contrainte

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7 réflexions au sujet de « Papa was not a rolling stone – Sylvie Ohayon »

  1. Je ne connais pas du tout mais ce livre a l’air intéressant. Le hasard fait parfois bien les choses, on peut avoir de belles surprises.
    Merci pour ta participation à mon challenge et bon weekend.

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