Absences sans frontières – Evelyne Trouillot

absencesansfrontieresCe livre retrace l’histoire de Gérard, le père et de Géraldine la fille, 17 ans. Ils ne se sont jamais vus : Gérard a immigré (de façon clandestine) d’Haïti à New York et Géraldine est née à Port-au-Prince après ce départ. Depuis Gérard envoie de l’argent à Gigi, la grand mère, pour subvenir aux besoins de Géraldine. Celle-ci ne manque donc de rien, fréquente une bonne école, Géraldine est une petite fille presque riche dans un pays très pauvre, un des plus pauvres de la planète.
Chaque chapitre porte le prénom d’un des trois principaux protagonistes même si seuls les chapitres rédigés avec le prénom de Géraldine utilise le « je ».

Géraldine est une adolescente comme les autres, parfois un peu révoltée mais très mûre pour son âge : avoir son père à la fois présent par Skype et Internet mais ne l’avoir jamais rencontré la perturbe. Gérard est plus difficile à cerner, il est ambigu (selon moi) dans ses choix : il ne veut pas rentrer à Haïti car dans ce cas là comment pourra-t-il payer les études de sa fille ? et il ne cherche pas réellement à se faire naturaliser américain. J’ai eu du mal parfois à le comprendre : pourquoi a-il choisi de vivre si loin de son pays natal ? Certes sa fille ne manque de rien mais à quel prix ! Clandestin, il vivote et enchaîne les petits boulots mal payés toujours dans la crainte d’être arrêté et expulsé en Haïti.
De la mère de Géraldine, on saura peu de chose, elle est décédée pendant la petite enfance de Géraldine. Gigi, la grand mère, qui s’occupe de la jeune fille avec la tante de celle-ci est un personnage  complexe : elle cache un secret que l’auteur nous dévoile petit à petit. Dévorée par la culpabilité mais aussi par la peur de retomber dans la misère de son enfance, elle est aussi un personnage très touchant.
Le séisme du 12 janvier 2010 va précipiter rencontre et révélation.

En conclusion, j’ai beaucoup aimé tant le fonds de ce livre, cet amour filial qui arrive à s’épanouir à distance, que la forme choisie : un chapitre par personnage, de courts chapitres qui s’enchaînent alternant le point de vue des trois générations.

Un petit extrait du deuxième chapitre où Gérard entre en scène (p 30)

Il enfouit ses mains gantées dans les poches de son manteau et rentra les épaules. Dans la rue et dans le métro, il avait adopté sans le savoir l’allure précipitée du plus grand nombre, mais évitait de bousculer ceux qui allaient trop lentement en balançant leurs bras, comme si le monde avait le temps de s’accorder à leur rythme, comme si les cheveux blanchissaient moins vite lorsqu’on oubliait de regarder l’heure. Oui, il brûlait d’envie de les pousser de côté pour dévaler les marches des escaliers, s’engouffrer le long des couloirs où la vie a toujours la même clarté artificielle, où les bruits ne reflétaient pas le passage des heures dans ce monde parallèle, où il avait toujours l’impression qu’il fallait se dépêcher pour ne pas courir le risque d’y être à tout jamais prisonnier. Il ne bousculait pas les indolents par pur réflexe de l’immigrant en situation irrégulière, tellement soucieux de ne pas se faire remarquer qu’il ne se rendait même pas compte que son excès de prudence même dévoilait son statut marginal. Pas question d’attirer sur lui les regards déjà soupçonneux des gardiens de l’ordre à la vue d’un homme noir, pas question pour lui de se faire arrêter pour un simple contrôle. Your papers, please. Qu’il haïssait ce mot, trop poli pour être vrai. Please, mains en l’air, jambes écartées, please. Même s’il avait pu avoir sa carte de sécurité sociale et un permis de conduire, avait appris la langue de l’autre, mémorisé les noms et prénoms de ses supposés parents et que toutes les informations de son dossier s’étaient inscrites en lui depuis ces huit ans où il se faufilait dans ce monde encore étrange, il paniquait à l’idée de faire face aux yeux froids et insultants des policiers. Your papers, please, sir. Plus ils se montraient polis, plus il en avait peur.

. et un extrait où Géraldine parle de l’arrivée prochaine de son père (p 188)

En outre, le comportement de Gigi me forçait à regarder des pans de notre histoire ; instinctivement, j’aurais voulu qu’ils restent dans l’ombre. Apprenant la décision de papa de rentrer, ma grand-mère devint si pâle que je crus qu’elle allait s’évanouir. « Oh! Mon Dieu » murmurait elle sans relâche. Tanza de son coté, tout en exhortant sa soeur à se calmer, ne paraissait pas autrement étonnée de son agitation pour le moins irrationnelle et semblait presque soulagée. Pourquoi l’annonce de la venue de papa paniquait-elle autant grand-mère ? Autour des deux soeurs, le silence se concentrait et je sentais, que d’un moment à l’autre, il pourrait éclater. J’avais si peur des éclaboussures que je n’osais toujours pas les questionner.

Ce livre est l’oeuvre d’une auteure haïtienne Evelyne Trouillot que j’ai découvert il y a six ans avec ce livre pour enfant qui a été un vrai coup de coeur
L’île de Ti Jean

ile de ti jean

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Livre lu dans le cadre du Challenge Lire sous la contrainte de Philippe.

La contrainte était « négation »

challenge-contrainte

Challenge Littérature Francophone de Denis

challenge LittFrancophone
Challenge Tour du monde chez Helran pour Haïti

challenge tour-monde-8-ANS
Challenge Babelio Lettre T
Merci à Babelio Masse Critique pour l’envoi de ce livre

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8 réflexions au sujet de « Absences sans frontières – Evelyne Trouillot »

    • A très bientôt alors pour ta chronique sur un livre du frère 😉
      Il faudrait que je trouve le temps de dire quelques mots sur le beau livre pour enfants d’Evelyne Touillot « L’île de Ti Jean » 😉 Peut être en septembre 😉
      Bonne soirée

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